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Invocationlorsqu'on sort de chez soi بِسْمِ الله ، تَوَكَّلْتُ عَلَى الله ، وَلا حَوْلَ وَلا قُوَّةَ إلا بِالله (bismi l-Lah tawakkaltou ^ala l-Lah wa la hawla wa la qouwwata 'il-la bi l-Lah) ce qui signifie : « Je commence par le nom de Allah, je me fie à Allah.
La Méthode Prophétique pour l’Invocation dou’a BismiLlâhi ar-Rahmani ar-Rahim, Ce qui va suivre constitue d’après nos shuyukhs l’une des dix choses les plus importantes qu’une personne puisse apprendre dans sa vie La méthodologie correcte pour invoquer Allâh. C’est pourquoi nous invitons chacun à bien lire l’article et à retenir les points importants inshaa Allâh. Lorsque l’on interroge les Musulmans sur la manière dont ils invoquent Allâh – subhanahu wa ta’ala -, on se rend compte que la très grande majorité ne sait pas comment effectuer correctement une invocation. C’est pourtant un acte d’adoration que nous faisons plusieurs fois par jour. Si le dou’a est réalisé de manière incorrecte ou incomplète, alors forcément, nous ne récoltons pas les bénéfices de nos invocations et cela entraîne des frustrations. Introduction Selon le Prophète Muhammad ﷺ, le dou’a est pourtant l’outil le plus puissant que puisse utiliser le Musulman. Il est rapporté qu’il a dit L’invocation est l’arme du croyant et la colonne de la religion et la lumière des cieux et de la terre ». [1] L’invocation, si elle est bien réalisée est la clef qui ouvre toutes les portes et qui peut changer complètement le destin d’une personne. Lorsque nous avons un souci, c’est à Allâh en premier que nous devrions penser et auprès de qui nous devrions chercher assistance. Mais que faisons-nous ? Nous appelons d’autres créatures et si on dernier recours personne ne peut nous aider, nous tentons de demander à Allâh en nous disant peut-être que ça marchera… » AstarghfiruLlâh al-Adhim, quelle mauvaise compréhension et quel mauvais comportement nous avons. L’invocation constitue un acte d’adoration qu’Allâh apprécie tout particulièrement, comme dans ce Hadith dans lequel il est rapporté que le Prophète ﷺ a dit Rien n’est aussi noble pour Allâh que l’invocation ». [2] D’ailleurs dans la pratique, il est rapporté du Messager d’Allâh ﷺ qu’il était à tout moment en état d’invocation En entrant dans sa maison, en sortant de sa maison, en voyant une nouvelle lune, lorsque le vent soufflait, lorsque l’orage arrivait, lorsque la pluie tombait, lorsque la pluie ne venait pas, avant de manger, après manger, en buvant de l’eau, après avoir bu de l’eau, lors de la maladie, lorsqu’il allait mieux, lorsqu’il marchait, etc. Chaque moment est propice à l’invocation et c’est une habitude que nous devrions développer également, à l’image du Prophète Muhammad ﷺ. C’est à ce point important qu’il est rapporté dans un Hadith que le Prophète ﷺ a dit Celui qui ne demande pas à Allâh Ta’ala, Allâh Ta’ala n’est pas satisfait de lui ». [3] La règle générale chez l’être humain, c’est que plus on lui demande, moins il est content. Tandis que pour Allâh, c’est le contraire, plus on lui demande, plus il est satisfait de nous. On peut aussi évoquer le Hadith dans lequel le Messager d’Allâh ﷺ a dit L’invocation est l’essence le cœur de l’adoration » [4] En effet, lorsqu’un croyant invoque Allâh, il se connecte directement à son Créateur et c’est bien là le cœur de l’adoration. Allâh nous invite à nous adresser à Lui, comme dans ce Hadith Si tu demandes, demande à Allâh et si tu cherches de l’aide, cherche-la auprès d’Allâh ». [5] Non pas qu’il soit interdit de demander de l’aide parmi les créatures, mais celles-ci sont limitées, tandis que la meilleure des aides est indéniablement celle qui vient d’Allâh qui n’a pas de limites. Malgré cela, nous utilisons peu ou mal cette arme puissante. Pourquoi ? La raison est claire nous constatons que ça ne marche pas ; sans même nous rendre compte que cet échec est dû à notre mauvaise manière de procéder. Parmi les erreurs commises, le fait d’aller chercher la science dans les livres et non chez les savants, les Mashaykhs et Awliyas vivants et reconnus de notre communauté. Beaucoup de Musulmans basent aujourd’hui leur pratique sur le Hadith, pensant ainsi bien faire. Mais un Hadith ce n’est pas la Sunnah. Il existe beaucoup de Ahadith que les savants ne prennent pas en compte, quand bien même ils seraient bons dans leur chaîne de transmission. Quant à la personne qui ne sait pas faire le tri, elle mettra en pratique ce qu’elle a lu, selon sa propre compréhension, en pensant bien agir. Mais la Sunnah, c’est ce qui est vivant et mis en pratique par les savants, les Mashaykhs et Awliyas et non une somme de paroles rapportées et classifiées dans les livres. C’est un point essentiel qu’il convient de garder à l’esprit. Lorsqu’on invoque, il faut mobiliser à la fois sa langue, son esprit, son cœur et son âme. En d’autres termes, cela demande un engagement tant extérieur langue, placement corporel…, qu’intérieur humilité, concentration, présence d’esprit et du cœur…. Sans quoi l’invocation est juste une coquille vide dénuée de sens. Le principe est Si tu n’es pas connecté, tu n’es pas accepté ». L’aspect corporel Selon la Sunnah, il existe cinq méthodes pour invoquer Allâh 1/ Il s’agit de la méthode la plus courante. On lève ses mains au niveau de la poitrine et du cœur, paumes vers le ciel, les mains droites, à plat, on laisse une légère distance entre chaque doigt, entre les deux mains, entre les mains et la poitrine et entre les coudes et le corps. C’est la position naturelle de la personne qui est en nécessité, comme le mendiant et qui demande de l’aide. Ainsi, il n’est pas correct d’invoquer en se tenant les deux mains, en les collant, en les plaçant sur ses genoux, ou en écartant les bras à droite et à gauche, etc. Cela constitue une bi’daa innovation car cela va dans le sens contraire de la Sunnah rapportée du Messager d’Allâh ﷺ qui nous a montré la bonne manière de faire qui doit refléter l’humilité et la nécessité et non l’arrogance ou l’insouciance. Ainsi, il est rapporté de AbduLlâh ibn Umar رضى الله عنه qu’il a dit que lever ses mains au-dessus ou en dessous de la poitrine pour invoquer constitue une innovation. Lors du dou’a, la tête doit être penchée vers le bas, reflétant l’humilité. Il n’est pas correct de la laisser droite ou de regarder en l’air ou pire de regarder à droite et à gauche ce qui montre le peu d’intérêt que l’on porte à l’invocation que l’on est en train de faire ou d’écouter. 2/ En certaines occasions, comme lors de la bataille de Badr, il a été rapporté du Prophète parfait ﷺ qu’il invoquait en levant ses bras vers le ciel. Les Compagnons ont dit qu’ils pouvaient alors voir la blancheur de ses aisselles. Ils ont aussi rapporté que de la lumière et un agréable parfum en sortaient à cet instant-là. 3/ Il existe aussi une 3ème méthode qui consiste à invoquer avec les paumes des mains tournées vers le sol, mais cela est spécifique à la demande pour faire tomber la pluie Istisqa’, tel que cela est rapporté dans le célèbre recueil de Ahadith authentiques de l’Imam Muslim, rapporté que Anas Ibnu Malik رضى الله عنه qui a dit Le Prophète ﷺ a invoqué Allâh pour demander la pluie et il a dirigé le dos de ses mains vers le ciel. » 4/ Le Prophète faisait aussi des invocations sans lever ses mains. C’est le cas pour les invocations que l’on effectue quotidiennement comme celles que l’on fait avant de manger, en sortant de chez soi, en entrant aux toilettes, etc. Dans ces cas-là, il n’est pas nécessaire de lever ses mains. Après la prière, il arrivait fréquemment que le Prophète ﷺ invoque Allâh sans lever ses mains. Une fois la salat terminée, certains font du Dhikr, ou font dou’a, dans des mosquées certains chantent des Qassidas… mais lorsqu’il avait terminé sa prière, le Prophète ﷺ faisait ainsi Il disait une fois Allâhu Akbaar », puis, il disait trois fois AstaghfiruLlâh ». Puis il récitait Lâ ilâha illâ l-lâhu, wahdahu lâ sharîka lah, lahu-l-mulku wa lahu-l-hamdu wa huwa alâ kulli shay’in qadîr. Allâhumma lâ mânia limâ atayta wa lâ mutiya limâ manata wa lâ yanfau dhâ-l-jaddi minka-l-jaddu. », ce qui signifie Il n’y a d’autre divinité qu’Allah, Unique, sans associé. A Lui la royauté, à Lui la louange et Il est capable de toute chose. Ô Seigneur ! Nul ne peut retenir ce que Tu as donné et nul ne peut donner ce que Tu as retenu. Le fortuné ne trouve dans sa fortune aucune protection efficace contre Toi. » Si la plupart d’entre nous se contentons de réciter Lâ ilâha illâ l-lâh » en fin de prière, c’est parce que nous avons pris cette habitude en raison de la facilité de réciter ce dhikr simple qui n’est en fait que le début de celui que récitait le Messager d’Allâh et qui demande plus d’efforts pour être mémorisé. Il est aussi rapporté par Boukhari dans son Sahih, qu’en fin de prière le Prophète et les Compagnons faisaient du Dhikr en groupe, à voix haute si fort que tous les gens au alentours savaient alors que la prière était finie. [6] Ceux qui prétendent suivre le Salaf, devraient prendre note de cette tradition et s’en inspirer, alors même que leur imam Ibn Taymiyyah رحمه الله a encouragé cette pratique. 5/ Le dou’a peut aussi s’effectuer lors de la prosternation as-Sujud car c’est un moment privilégié pour invoquer. L’aspect Spirituel Pour qu’une arme soit efficace, quelle qu’elle soit, il faut cinq éléments 1/ l’arme doit être parfaite elle doit fonctionner Ainsi, les invocations les plus parfaites sont celles qu’Allâh a enseignées à Son Messager ﷺ 2/ la personne qui utilise l’arme doit avoir la force de s’en servir. Si mon bras n’a pas de force, même la meilleure arme du monde ne me sera d’aucune utilité. Ainsi, celui qui dit oh, mon dou’a ne sera jamais accepté », ou oh, il ne se passe rien… » a peu de chance de voir son invocation acceptée, car pour que cela fonctionne, il faut avoir la conviction et la certitude Al-Yaqin que Allâh exaucera. Al-Yaqin, c’est la force du muscle permettant d’utiliser l’arme qu’est le dou’a. Sans force, l’arme ne vous sera d’aucune aide. 3/ il faut savoir comment utiliser l’arme. Si on ne sait pas où mettre la balle, où se trouve le barillet, ou comment dégainer l’épée, ça ne fonctionnera pas. Ainsi, il faut savoir comment effectuer correctement une invocation dou’a. 4/ de même, il faut aussi savoir à quel moment il est utile d’utiliser cette arme. Si l’ennemi est chez lui au chaud, loin, et que la personne se met à tirer toutes ses flèches n’importe où, dans n’importe quelle direction. Que va-t-il se passer ? En tout cas, il est peu probable que cette personne atteigne son objectif. De la même manière, Rassoul Allâh ﷺ a mentionné le fait que certains moments sont meilleurs que d’autres pour effectuer des invocations Durant le temps de Tahajjud, après l’Adhan, en prosternation, etc…. [7] 5/ enfin, il ne faut pas qu’il y ait un obstacle empêchant d’atteindre la cible. Si la flèche est tirée dans un mur en béton, elle se brisera et ne servira donc à rien. Le Prophète Muhammad ﷺ a mentionné certaines choses susceptibles de stopper net le bénéfice des invocations si on commet de l’injustice envers des gens, qu’on confisque leurs droits, si on mange ce qui est illicite, que notre argent a été acquis de manière illégale, qu’on porte des habits volés ou achetés avec de l’argent haram, etc.. Pensez-vous vraiment qu’Allâh nous donnera quoi que ce soit de ce que nous demandons alors qu’on comment une injustice ou une oppression envers une de Ses créatures ? Pour quelle raison le ferait-Il ? Pour que nous puissions être encore plus injustes ? Allâh a interdit l’injustice entre ses serviteurs. Il dit dans un Hadith Qudssi Ô mes serviteurs, Je Me suis interdit l’injustice à Moi-même et Je l’ai rendu interdite entre vous. Ne soyez donc pas injustes ». [8] A l’inverse, le Prophète Muhammad ﷺ nous a avertis que les invocations de l’opprimé sont acceptées ! Il est rapporté qu’il a dit …Et crains l’invocation de l’opprimé, car il n’y a pas de voile entre elle et Allâh .» [9] Donc, pour que l’invocation soit exaucée, il faut veiller à ce qu’aucun de ses murs ne vienne faire obstacle. Aussi, il ne faut pas demander ce qui est considéré comme un péché, comme celui qui voudrait invoquer pour réussir à voler telle chose dans une bijouterie ou à trouver de l’alcool pour en consommer, etc. On ne demandera pas non plus à couper les liens, ou à ce qu’Allâh cause du tort à telle ou telle personne. On entend parfois des gens dirent Puisque c’est comme ça, je vais invoquer Allâh contre toi ! », ou la grande mode parmi certains de nos frères qui est de dire Qu’Allâh te brise le dos ! »… Il ne faut pas avoir peur de ce type de dou’as. L’invocation ne part pas de la bouche de la personne pour aller directement sur celui qui est visé. Le dou’a va d’abord à Allâh qui choisi ce qui est digne d’être accepté et ce qui est rejeté. Comment faire pour que nos invocations dou’as soient exaucées ? Il y a plusieurs points importants à prendre en compte si on souhaite voir son dou’a accepté. Il convient en tout premier lieu de comprendre que le dou’a doit mobilier 5 éléments – la langue qui demande verbalement – l’intellect qui créé une image mentale de la demande – le cœur qui a conscience de notre entière dépendance vis-à-vis d’Allâh – l’âme/rouh qui est conscient de la présence d’Allâh, qu’Il nous voit, nous entend, qu’Il est avec nous – le nafs qui naturellement désire que la demande soit exaucée rapidement et qui ici doit faire preuve de patience et s’en remettre en Allâh pour l’exaucement – at-Tawakkul Partant de là, pour qu’un dou’a soit correctement effectué, il faut 1/ Al-Hudur ma’ Allâh » être en présence d’Allâh. Lorsque le dou’a est effectué, il faut mentalement être en présence d’Allâh – subhanu wa Ta’ala -. Il faut spirituellement se connecter à Allâh, en pensant qu’Allâh nous voit, qu’Il nous entend, qu’Il est en notre présence. C’est la même chose avec notre mobile. Si le mobile n’est pas connecté au réseau, avec qui parle-t-on ? On parle dans le vide. Il faut se rappeler à qui on parle Allâh ! Il faut se rappeler qu’Allâh nous aime, qu’il souhaite le meilleur pour nous, qu’Il est celui qui pourvoit, qu’Il connait nos situations, etc. Il faut donc en tout premier se préparer en se connectant spirituellement à Allâh. Cela a été confirmé par le Prophète Muhammad ﷺ qui a dit […] sachez qu’Allâh n’exauce pas l’invocation provenant d’un cœur distrait » [10] 2/ Une fois que la personne est mentalement préparée, elle se mettre en état de Hamd, elle doit louer Allâh. C’est la raison pour laquelle beaucoup de dou’as commencent par Al-HamduliLlâh ». Que signifie louer ? Il y a une différence entre hamd » louer et shukr » remercier. Hamd, signifie louer Allâh pour qui Il est, pour Ses Attributs, etc… Tandis que Shukr, c’est le fait de remercier Allâh pour ce qu’Il nous a donné. Certains d’entre nous disent qu’ils aiment Allâh, mais en réalité ils ne L’aiment que pour eux-mêmes Ô Allâh donne-moi ceci, Ô Allâh accorde-moi cela…. Où sont ceux qui L’aiment réellement pour qui Il est, pour Ses magnifiques Attributs, pour Sa Seigneurie, pour Sa Majesté ? Qu’Allâh nous compte parmi ces gens. Allâh est exempt des similarités avec Sa création, mais donnons un exemple pour illustrer le propos. Imaginons que vous soyez un père de famille qui a trois fils. L’un vous masse un pied, car il espère récupérer quelques-unes de vos propriétés, le deuxième vous masse l’autre pied, car il vous craint et qu’il a peur de la punition et qu’il a peur que vous ne le priviez de son argent de poche, quant au dernier, il vous masse le dos, il se met à votre service, juste parce qu’il vous aime, car vous êtes son père. D’après vous, lequel de ces trois fils est le meilleur ? Il y a un grand danger à adorer et aimer Allâh pour ce qu’Il nous donne, car quand ces bénédictions s’en vont, notre relation avec Allâh s’en va avec. Celui qui aime son père en espérant ses biens en retour argent de poche, voiture, héritage…, il est une sorte de commerçant », qui donne en espérant recevoir quelque chose en retour. Il fait du business. Celui qui aime son père juste par crainte de la punition ou d’être privé est comme un esclave. Il n’aime pas ce qu’il fait, mais il le fait quand même, par contrainte, comme un esclave. Mais le troisième, il se met au service de son père juste par amour pour lui ! La même chose peut s’appliquer aux croyants dans leur relation avec Allâh Ô Allâh donne-moi ceci, Ô Allâh, donne moi ça – une maison, un mari, des enfants, un bon travail, une promotion, le Paradis…. et tant qu’Allâh nous donne nous sommes obéissants. Mais dès qu’Allâh stoppe les bénédictions, nous arrêtons de prier, on se dit que de toute façon Allâh ne nous écoute pas, etc. Celui qui agit ainsi est un commerçant, pas un véritable adorateur d’Allâh. Celui qui est dans la deuxième situation, agissant par crainte d’Allâh, bien sûr que c’est une bonne chose de craindre Son Châtiment, mais ce n’est pas le niveau de Foi ou de Taqwa le plus élevé. Le niveau le plus élevé, c’est d’adorer Allâh par amour, de l’adorer pour qui Il est, pour Ses magnifiques Attributs, parce qu’Il est notre Seigneur, Il est notre Dieu iLlâh. Par conséquent, lorsqu’on dit Al-HamduliLlâh », cela signifie qu’on loue Allâh, dans la recherche de l’agrément d’Allâh et non dans l’espoir d’obtenir quelque chose profit. On adore Allâh en cherchant Allâh et non en cherchant un profit. On adore Allâh pour Allâh et non pour soi-même. La différence entre les deux est immense. Bien entendu, il est tout a fait possible de demander dou’a des choses de ce bas monde, ce qui concerne le Deen, comme la science ou le Paradis, etc. mais on adore pas Allâh dans ce but. Si on agit ainsi, alors l’invocation en elle-même est une adoration profitable. Il y a une différence entre 1/ adorer Allâh uniquement pour obtenir ce dont on a envie, car finalement on adore que par intérêt et 2/ adorer Allâh et utiliser le dou’a pour nos besoins. C’est une question de sincérité. Allâh dit dans le Qour’an Pourtant, que leur a-t-on ordonné, si ce n’est de se vouer exclusivement au culte d’Allâh » ? [11] Donc, sans animosité dans le cœur, il faut louer Allâh, pour qui Il est non pour dans l’intention d’en tirer un bénéfice quelconque. Sinon, c’est soi-même qu’on aime et non Allâh. Le pire des faux dieux qui est adoré est le nafs l’ego – soi-même, nos désirs. 3/ Il faut remercier Allâh pour ce qu’Il nous a donné Shukr – gratitude. Il faut se remémorer les innombrables bienfaits qu’Allâh nous a donnés et le remercier abondamment pour tout cela. C’est un état du cœur qui se manifeste par la langue. Allâh dit dans le Qour’an Votre Seigneur ne vous a-t-Il pas prévenus, en disant “J’augmenterai Ma grâce, si vous êtes reconnaissants » [12] Imaginez ce concept puissant qu’Allâh nous offre en nous proposant la multiplication de Ses grâces si on est reconnaissants. Il nous donne, on Le remercie et Il nous donne encore plus ! Celui qui remercie Allâh doit le faire avec sincérité, comme le ferait un homme envers un autre homme qui l’aurait sauvé de la noyade. Imaginez l’état du cœur de celui qui a été sauvé, imaginez sa joie, sa gratitude. C’est cet état que nous devrions avoir envers Allâh qui nous a envoyé un homme ﷺ qui nous a sauvés de bien pire que la noyade. C’est cela la gratitude. Pour le commun des Musulmans, il convient également de demander pardon à Allâh pour nos péchés. Cela peut par exemple se faire en disant Lâ ilâha illâ anta, subhânaka, innî kuntu mina z-zâlimîn » [13], ce qui signifie Pas de divinité à part Toi ! Pureté à Toi ! J’étais vraiment du nombre des injustes. » 4/ Il faut ensuite remercier Allâh pour le plus grand des bienfaits qu’Il nous ait accordés, à savoir le Prophète Muhammad ﷺ qui a été envoyé comme Miséricorde pour l’Univers. [14] Il est rapporté du Prophète Muhammad ﷺ qu’il a dit Lorsque l’un d’entre vous prie, qu’il commence par louer Allâh et faire les éloges d’Allâh puis qu’il prie sur le Prophète ﷺ puis après cela, qu’il invoque par ce qu’il veut. » [15] C’est la raison pour laquelle il est recommandé avec présence d’esprit de dire des salutations Salawats – Durood Shareef sur le Messager d’Allâh ﷺ avant de commencer une invocation. C’est cela le sens des Durood/Salawat montrer notre gratitude envers Allâh pour nous avoir bénis par l’envoi de Son bien-aimé Prophète ﷺ. Ainsi, si Allâh peut nous octroyer un tel bienfait, pourquoi ne pourrait-Il pas nous donner autre chose dont le statut sera forcément inférieur ? Qu’est-ce que la duniya comparée au Prophète Muhammad ﷺ? Qu’est-ce que l’argent comparé au Prophète Muhammad ﷺ? Qu’est-ce que les enfants comparés au Prophète Muhammad ﷺ? Rien ni personne n’a un statut supérieur auprès d’Allâh que Son Messager ﷺ. 5/ Il faut maintenant se concentrer sur les Attributs d’Allâh qui sont en relation avec notre besoin. Exemple J’ai besoin que mon commerce fonctionne mieux? Alors, je dois par exemple me concentrer sur l’Attribut d’Allâh qui est Razzâq », car Allâh est Ar-Razzâq, c’est-à-dire Celui qui accorde la subsistance à toutes les créatures. Je souhaite avoir des enfants? Je dois me concentrer sur l’Attribut de Wahhâb », car Allâh est Al-Wahhâb, c’est-à-dire celui qui accorde avec profusion et récompense ceux qui ont obéi, comme grâce de Sa part. Je souhaite qu’Allâh me pardonne ? Alors, je dois me concentrer sur l’Attribut de Ghaffar », car Allâh est Al-Ghaffâr, c’est-à-dire celui qui pardonne les péchés. Il est également Al-Ghaffôur, c’est-à-dire celui qui pardonne beaucoup encore et encore. Pour cela, il faut apprendre les Noms et Attributs dAllâh afin de pouvoir aller chercher le nom ou l’Attribut qui corresponde à ce dont à besoin. On se rappellera qu’Allâh est Al-Kârim, c’est-à-dire celui qui est généreux et qui accorde beaucoup de bienfaits, même à ceux qui ne le méritent pas, qu’Il est Al-Fattâh, c’est-à-dire celui qui facilite à Ses créatures, qu’Il est aussi Ash-Shâfih, c’est-à-dire celui qui guérit. Etc… 6/ Le moment est venu de présenter à Allâh ce dont on a besoin. Allâh sait ce que nous désirons, mais Il veut et Il aime que nous l’exprimions, et il y a un bénéfice pour nous en agissant ainsi. Il faut l’exprimer avec le cœur, avec les mots et avec l’esprit. Concernant l’esprit, cela signifie imaginer ce qu’on demande. Il s’agit de construire mentalement notre demande. Si cela porte sur son magasin qui est en difficulté, on peut imaginer que le magasin est devenu plus grand, qu’il est rempli de clients, que les bénéfices arrivent, etc. Si on a un problème de santé, on s’imagine en bonne santé, avec le souci réglé. Si on est en quête de spiritualité, on sait qu’on a du mal à prier ou à faire du Dhikr ou à progresser dans notre Religion, alors on s’imaginera priant nos prières à l’heure avec assiduité, faisant du dhikr, devenant une personne pieuse, se revêtant de la Sunnah du Messager d’Allâh autant intérieurement qu’extérieurement et dites à Allâh Ya Allâh, je veux devenir une personne qui ressemble à Ton Messager ». Il faut ensuite venir avec humilité de dire à Allâh que sommes des créatures limitées, que nous n’avons que la possibilité d’imaginer, tandis que Lui, avec Son infini Pouvoir Qoudrah, peut transformer ce besoin en réalité sans la moindre difficulté. Il suffit qu’Il dise Kun Faya Kun » Soit ! et c’est réglé. [16] S’il est autorisé de demander des choses relatives à la Duniya ce bas monde, il est encore mieux de demander ce qui est en rapport à la religion et qui est susceptible de nous rapprocher davantage d’Allâh. Il faut bien entendu joindre la posture qui est Sunnah. Que dire de celui qui fait une invocation avec les mains dans une direction, la tête dans une autre, le cœur distrait par autre chose, etc ? Qui va écouter une telle invocation ? Il y a des gens qui ne veulent même pas lever leurs mains pour invoquer Allâh, alors que cette pratique est clairement mentionnée dans les Hadiths ! Les mains parfois levées au niveau de la poitrine, comme le mendiant qui attend qu’on lui donne quelque chose dans ses mains ; et d’autres fois les bras levés vers le ciel au point où l’on peut voir les aisselles [17]. Certains prennent à peine soin de lever leurs mains ou écartent les bras n’importe comment, etc. Est-ce là l’attitude d’un mendiant ? Est-ce là l’attitude de celui qui est clairement dans le besoin ? Regardez ce qui est rapporté dans les Ahadiths et agissez en conséquence, car la façon de faire du Messager d’Allâh ﷺ est la meilleure manière de procéder. Il ne faut pas hésiter à demander à Allâh, jusqu’à ce qu’Il exauce. Ensuite, nous pourrons effectuer d’autres demandes. 7/ Donner, c’est recevoir. En effet, lorsque nous effectuons des invocations, Allâh aime que nous demandions pour autrui. Cela signifie qu’on étend nos demandes à l’Humanité et au reste de Ses créatures. Par exemple, nous pouvons demander à Allâh qu’Il bénisse tous les êtres humains, qu’Il guide les non-Musulmans par la lumière de l’Islam, qu’Il augmente leur subsistance, etc. Il faut ouvrir son cœur et devenir généreux. Abou Ad-Dardâ’ رضى الله عنه rapporte que le Prophète ﷺ a dit Allâh exauce toujours l’invocation que fait le Musulman en faveur de son frère en son absence. Près de sa tête, il y a un Ange, chaque fois qu’il invoque Allâh pour le bien de l’absent, l’Ange, dont il a la charge, dit âmîne et tu en as l’équivalent. » [18] Par conséquent, si vous souhaitez que des anges fassent le dou’a pour vous, invoquez pour autrui et en retour, ils invoqueront pour vous. 8/ La personne doit de nouveau se rappeler et mentionner que si Allâh nous a bénis par la venue du Messager d’Allâh ﷺ qui est la meilleure des créatures et la plus grande des bénédictions parmi toutes les bénédictions, alors Il peut sans aucun doute nous accorder toute autre chose d’inférieur. Il est ainsi recommandé de réciter à nouveau des salutations Salawats – Durood Shareef sur le Messager d’Allâh ﷺ. Il est rapporté de Saydinna `Umar ibn Al-Khattâb رضى الله عنه qu’il a dit L’invocation reste suspendue entre ciel et terre jusqu’à ce que tu invoques Allâh pour ton Prophète Muhammad ﷺ et que tu lui adresses tes salutations » [19] 9/ At-Tawakkul – Il faut maintenant laisser l’affaire entre à Allâh – subhanu wa Ta’ala -. Par exemple Ô Allâh, je t’ai confié ce dont j’ai besoin, mais Tu sais mieux ce qui est profitable pour moi, fais ce qui Te plait me concernant ». De même, il est rapporté que le Messager d’Allâh ﷺ a déclaré Invoquez Allâh tout en étant sûrs d’obtenir l’exaucement […] » [20] Ensuite, il y a cinq manières dont le dou’a peut être exaucé – Oui, voici ce que tu as demandé la personne reçoit ce qu’elle a demandé – Oui, mais pas maintenant la personne va recevoir ce qu’elle a demandé, mais ce n’est pas encore le moment. Tout comme le fruit, il faut attendre que le dou’a soit mur et alors il tombera de lui-même et nous pourrons en bénéficier – Oui, à la place Je te donnerai quelque chose d’encore meilleur – Oui, à la place Je vais te retirer une énorme calamité qui allait te toucher – Oui, mais tu en auras davantage besoin dans l’au-delà qu’ici-bas par ex. durant l’attente lors du Jugement dernier 10/ Dans la duniya, faire maintenant son possible pour montrer à Allâh qu’on fait tout ce qui est en notre capacité, à notre niveau, pour que ce que nous avons demandé se réalise. Par exemple, si cela concerne notre magasin, on va redoubler d’efforts pour l’embellir, pour mieux servir les clients, proposer des produits de qualité, etc. Si cela concerne la santé, nous irons consulter des médecins, etc. Cela pour montrer à Allâh qu’à notre faible niveau de créatures nous faisons tout ce qui est entre notre pouvoir, mais qu’au-delà, seul Lui est capable de nous aider. Saydinna Abû Hurayra رضى الله عنه rapporte que le Prophète ﷺ a dit Allâh -exalté soit-Il- dit Je suis tel que Mon serviteur M’estime… » [20] Donc, si le Musulman pense que Allâh va lui donner, Allâh lui donnera. En résumé 1/ Etre en présence d’Allâh 2/ Louer Allâh pour qui Il est 3/ Remercier Allâh pour Ses bénédictions et lui demander pardon pour nos péchés 4/ Remercier Allâh pour le Prophète Muhammad Durood/Salawats ﷺ 5/ Penser à l’Attribut qui correspond à notre besoin 6/ Présenter à Allâh notre besoin 7/ Demander pour autrui 8/ Remercier à nouveau Allâh pour le Prophète Muhammad Durood/Salawats ﷺ 9/ Etre confiant et laisser l’affaire à Allâh 10/ A notre niveau, faire notre possible pour que cela se réalise Ps Ceux qui le désirent peuvent aussi donner une sadaqa après l’invocation. Cela renforce les chances d’être exaucés, car Allâh aime que l’on vienne en aide à ceux qui sont dans le besoin. En retour, Allâh exauce et nous accorde ce dont nous avons besoin. Qu’Allâh nous facilite cette adoration et accepte nos invocations, car Il est au dessus de tout ce que nous pouvons imaginer en terme de bonté. Il est Le Généreux Al-Karîm, Le Pourvoyeur Ar-Razzâq qui octroie et exauce sans peine tandis que nous sommes des êtres faibles, en nécessité et dans la dépendance absolue vis-à-vis de Lui – Exalté soit-Il -. ameen Wa Allâhu a’alam Apprendre la méthode correcte pour invoquer Allâh dou'a Cliquez pour tweeter Notes Réf principale Mawlana Sheykh Ahmad Dabbagh حفظه الله [1] Al-Hâkim dans son sahîh, d’après Saydinna Ali ibn Abî Tâlib رضى الله عنه [2] Rapporté et authentifié par at-Tirmidhi dans ses Sounan, n°3370 [3] At-Tirmidhi dans ses Sounan n°3373, Ibn Maja dans ses Sounan n°3827 et Ahmad [4] At-Tirmidhi et Ahmad [5] At-Tirmidhi et Ahmad [6] Les Shaykhān [Bukhārī & Muslim] rapportent que Ibn Abbās رضى الله عنه a dit Effectivement, à l’époque du Prophète les gens prononçaient le Dhikr à voix haute au sortir de la prière. » Ibn Abbās rajoute Je pouvais savoir quand ils avaient terminé leur prière, car je pouvais alors les entendre faire le Dhikr. » [7] Parmi les meilleurs moments pour effectuer des invocations durant le temps de Tahajjud, après l’Adhan, après l’Iqâma, pendant le Sujud, après la Salat… Parmi les actions qui renforcent le dou’a, on peut aussi citer avoir son Wudhu, faire face à la Qibla… [8] Rapporté par Muslim [9] Rapporté par Boukhari, Muslim et d’autres [10] At-Tirmidhi [11] Qour’an, 98/5 [12] Qour’an, 14/7 [13] Qour’an, 21/87 [14] Qour’an, 21/107 Ô Muhammad ! Nous ne t’avons envoyé que comme miséricorde pour l’Univers. » [15] At-Tirmidhi dans Jami, chapitre sur az-Zuhd [16] Cette duniya étant un lieu de test, Allâh décidera ce qui est préférable pour nous et Il peut par exemple décider de ne pas guérir une personne, selon Sa Science et Sa Connaissance et nous devons placer notre confiance en Son choix quel qu’il soit. [17] Car le ciel est la direction Qibla des invocations. [18] Muslim [19] At-Tirmidhi [20] At-Tirmidhi, n°3479 [21] Rapporté par Al-Bukhârî, n°2224 En complément, vous pouvez également lire l’article Des règles de bienséance à observer lors d’une invocation An-Nawawî
Découvredes vidéos courtes en rapport avec doha avant de sortir sur TikTok. Regarde du contenu populaire des créateurs suivants : Samir(@akhysamir), Soifou.amel(@aimer114), 🤍(@islam.rapel6), ilyess🇲🇦(@ilyess_37r), 2,1k ️ 3k ?(@rappel.au.musulman), Riyane🥷(@le_r_7), 𝓢 & 𝓓 💍(@sarahdenzo), oce(@444ocegrng), Hayk Aivazian(@hayk____),
Notre sélection de quelques jeux à ne pas rater en 2022. 2022FrosthavenFrostpunkEndless WinterCartaventuraCaravanesVersaillesHollywoodOath Chronicles of Empire and Exile, la VFSPECTREFirst EmpiresTime Stories Le Manoir CavendishBureau of Investigation Enquêtes à Arkham & Autres ContréesWeather MachineLe Secret de mon PèreSoul RaidersLe ProjetReturn to Dark TowerThat Time You Killed MeDarwin’s JourneyGuiltyBitokuCarnegieArk NovaMicromacro Crime City 3Nano9Games Et voilà, nous sommes rentrés dans 2022. Si vous lisez ceci, c’est que vous avez survécu à la troisième, à la quatrième, à la cinquième vague. Après une année 2021 mouvementée, certes pas confinée mais aux retards et augmentations de coûts dus à la crise maritime mondiale, et ce n’est pas fini, de nombreux jeux ont pris du retard. Certains étaient annoncés pour 2021. Ils sortiront, si tout va bien, en 2022. On ne peut pas prédire ce que nous réserve l’année 2022, mais une chose est sûre, c’est que chez Gus&Co, on est résolu à tout faire pour vous la rendre plus douce et plus ludique. Maintenant que nous avons franchi le pas et que nous avons plongé dans 2022, nous avons sélectionné pour vous 22 nouveaux jeux de 2022 qui nous ont tapé dans l’œil et qui s’annoncent d’ores et déjà palpitants ! Et en 2022, il y en a beaucoup à surveiller. Je peux vous assurer une chose farfouiller parmi les jeux annoncés était une entreprise passionnante ! 2022 s’annonce déjà comme une belle, comme une grande année. Ludique, en tout cas. C’est déjà pas mal. N’hésitez pas à nous lâcher un petit commentaire à la suite de l’article pour partager avec nous les jeux que vous attendez avec impatience en 2022. Nous vous souhaitons une excellente année 2022, pleine de jeux et de joie ! Et sans COVID, si c’est possible, surtout. Frosthaven C’est certainement la sortie la plus attendue de 2022. Annoncé pour fin 2021, le jeu a été repoussé avec la crise maritime. Frosthaven a fait péter tous les compteurs et records historiques sur Kickstarter en février 2020. Frosthaven est la suite de Gloomhaven, et comme son petit » frère, le jeu promet une autre campagne narrative avec quelques mécaniques innovantes, dont celle de la saisonnalité. En quelques années, Gloomhaven est devenu l’un des jeux de société les plus connus du marché. Un jeu d’aventure coopératif, narratif et évolutif. Il n’est pas surprenant que sa suite, Frosthaven, fasse partie des jeux les plus attendus de 2022. Comme son titre l’indique, Frosthaven se déroule dans un univers froid et glacé. Donc au nord de la région de Gloomhaven. Ce second épisode transfère l’histoire vers un nouveau groupe d’aventuriers qui répondent à l’appel de détresse d’un avant-poste situé dans cet environnement polaire. Terrorisé par les créatures dangereuses qui peuplent la région, cet endroit inhospitalier a besoin de sérieuses réparations et d’une bande de braves mercenaires prêts à les protéger contre les monstres qui les menacent. Alors que Gloomhaven était purement motivé par vos quêtes, Frosthaven vous offre cette fois la possibilité de développer l’avant-poste en utilisant les matières premières récupérées lors des aventures. Frosthaven introduit une toute nouvelle mécanique, les saisons. Deux saisons, pour être précis. Le jeu commence en été, puis selon vos pérégrinations, le nombre de fois que vous vous rendez en ville, le jeu passe en hiver. Et là, c’est le drame ! La ville, la région, les événements, tout devient beaucoup plus compliqué et… dangereux. Si vous survivez à l’hiver, hop, le jeu repasse en été, et là, vous respirez. Le but de cette mécanique de saisons est évidemment de pimenter l’aventure. Vous devez préparer la ville et vous préparer pour l’hiver qui va débarquer. Une fois en hiver, il va falloir gérer, minimiser les dégâts, protéger et réparer votre ville pour l’été suivant. Et qui dit saisons, dit scénarios disponibles uniquement selon la saison en cours. Ces scénarios sont donc à durée limitée ». Pour y accéder, il faut donc garder un œil sur le temps, sur la saison actuelle pour savoir si ça vaut la peine de s’y engager, maintenant ou plus tard. Frosthaven propose de donner plus d’importance à d’autres ressources le bois, le métal et la peau. Donc un nouveau deck trésor ». Contenant ces quelques ressources, ainsi que de pièces de monnaie, des… herbes et même un objet aléatoire rare. Parce que. Et comme ce deck trésor » est personnalisable, selon le scénario, la région, l’environnement dans lequel il se déroule, le jeu vous indique comment préparer le deck en amont. Quel nombre de cartes insérer dans ce deck. Votre scénario vous plonge dans une forêt ? C’est logique que vous alliez y trouver plus de bois… En plus de toutes ces nouveautés, Frosthaven propose 16 nouveaux personnages, 25 nouveaux ennemis, plus de 100 nouveaux objets à récolter, et environ 100 nouveaux scénarios. On salive d’avance. Et on réserve son rein gauche pour se payer le jeu. Frostpunk Non, ce n’est pas Frosthaven. Oui, les deux titres commencent de la même manière et se déroulent dans un environnement glacial. Également annoncé pour 2021 et repoussé à 2022. On l’espère. Frostpunk est l’adaptation du jeu fameux jeu vidéo sorti en 2018. Frostpunk est encore un autre excellent jeu où vous tentez de survivre le plus longtemps possible dans les circonstances les plus sombres et difficiles possibles. Tout comme This War of Mine, le jeu vidéo et aussi jeu de plateau, le succès de Frostpunk le jeu vidéo a ouvert la voie à Frostpunk le jeu de société. Tout comme le jeu vidéo, la version jeu de plateau de Frostpunk inclut une variété de scénarios, chacun offrant un objectif et un niveau de difficulté différents. Là où Frostpunk diverge vraiment du jeu vidéo, ce sont les aspects multi-joueurs du jeu de société. Chaque personne assumera la seule responsabilité des différentes facettes de l’opération de colonisation. Une personne sera responsable des opérations de chauffage / générateur, une autre s’occupera des conseillers du contremaître et la dernière sera responsable des aspects sociaux de la colonie. Ensemble, tout le monde devra se coordonner de manière efficace pour maintenir leurs citoyens en vie. Eh oui, on peut aussi jouer à Frostpunk en solo, en assumant alors tous les rôles en même temps. La seule vraie différence entre jouer seul ou avec d’autres personnes est le processus de prise de décision dynamique qui apparaîtra comme une conséquence naturelle d’avoir des opinions divergentes. Le tir à la corde, la Tragédie des Biens Communs, tout ça ! De la survie, de la gestion, de la négociation. Frostpunk donne déjà très envie ! Endless Winter Hahaha. Vous croyez qu’on en avait fini avec les jeux qui se déroulaient en hiver et dans la neige. Eh bien non ! Dans Endless Winter, peuplez de nouvelles terres, faites croître votre population et construisez des mégalithes dans un hiver… sans fin. Endless Winter se déroule en Amérique du Nord, vers 10 000 avant notre ère. Vous gérez le développement de votre tribu sur plusieurs générations, des chasseurs-cueilleurs nomades aux sociétés tribales prospères. Au cours du jeu, les tribus migrent et s’installent sur de nouvelles terres, établissent des traditions culturelles, chassent la mégafaune paléolithique et construisent des structures mégalithiques éternelles. Le jeu semble proposer un nouveau mélange de systèmes et de mécanismes entrelacés, tels que de la gestion de cartes, le contrôle de territoires, le placement de tuiles et de la gestion de ressources. Le jeu donne, déjà, comme tous les autres sur cette liste me direz-vous, envie. Sortie en février. Cet hiver, forcément. Cartaventura Cartaventura était, sans conteste, l’une des excellentes surprises de 2021. L’un des meilleurs jeux, tout court. Pur Mixi, un jeu dont vous êtes le héros en format cartes, aux thèmes historiques à teneur sociétaux. Palpitant, intelligent. Et pour notre plus grand plaisir, Cartaventura revient en 2022 avec trois nouvelles aventures, égrenées tout au long de l’année. Caravanes Explorez la route de la Soie à la recherche d’Ibn Battuta. 1331. Le joueur est un marchand de Tanger qui vient de reprendre les affaires de son père. Son oncle, père d’Ibn Battuta, se lamente de ne pas avoir revu son fils aîné depuis son départ. Le joueur fait vœu de le retrouver lorsqu’il effectuera le Hajj. Voilà des années qu’il entend parler des aventures de son cousin et lui aussi ambitionne de voir le monde et d’étendre ses affaires au-delà du Maghreb. Le joueur fait donc route pour la Mecque, en passant par Damas, où il a entendu que Battuta possèderait une maison. Il espère le trouver dans l’une de ces deux villes… Caravanes introduit trois nouvelles mécaniques Suivre la piste d’Ibn Battuta pour prendre le moins de retardGestion de marchandise valeur en dinar, cadeauProgression croissante au fil des parties Sortie prévue pour le premier trimestre 2022. Versailles Paris, France, 1688. Vous êtes Julie d’Aubigny, également connue sous le nom de Mademoiselle de Maupin. Vous avez grandi à la cour de Versailles. Vous y avez reçu la même éducation que les pages de la cour les lettres, le dessin, la danse, mais également l’équitation et l’escrime. À tout juste seize ans, vous venez d’épouser Monsieur de Maupin. Un mariage arrangé par le comte d’Armagnac, l’employeur de votre père, mais également votre amant. Votre vie semble déjà écrite par les hommes de votre entourage. Vous êtes une femme à présent, une femme ne se bat pas » vous dit-on. Fort heureusement, le monde ne s’arrête pas aux écuries du Roi. Vous rêvez d’amour et d’aventure. Quels seront vos choix ? Où vous mèneront-ils ? Quelle sera votre vie ? Versailles introduit deux nouvelles mécaniques Déguisement possible à chaque action pour changer la réactionFuite et dissimulation Sortie prévue pour le troisième trimestre 2022. Hollywood 1920. Côte Est des États-Unis. Vous êtes Jim Tully. fils d’immigrés irlandais. Quand vous avez démissionné de votre boulot de chainier, personne n’a compris. Mais ce rêve américain où chacun n’aspire plus qu’à sa Ford T, son grille-pain électrique et son pavillon à crédit n’est pas le vôtre. La révélation survint dans ce nickelodéon qui diffusait Une vie de Chien » de Charlie Chaplin sur grand écran. Vous êtes ressorti de la salle avec une évidence le cinéma est votre vocation. Hier. au dépôt ferroviaire, vous avez sauté clandestinement dans un train de marchandises, sans vous soucier d’où il vous mènerait. Tant que c’était vers l’Ouest. Un tramp. Un cuir. Un travailleur itinérant. Un vagabond du rail. Comme un million d’américains, vous êtes désormais, ce qu’on appelle un homeless boy ». Un hobo », un vagabond. Hollywood introduit deux nouvelles mécaniques Recherche de nourriture pour avancerRécupérer des scènes de film ayant inspiré Charlie Chaplin Sortie prévue pour le quatrième trimestre 2022. On se réjouit de découvrir ces 3 nouvelles boîtes ! Oath Chronicles of Empire and Exile, la VF S’il y a un jeu qui a buzzé sur la toile en 2020 et 2021, c’est bien Oath. Le nouveau jeu de Cole Wehrle, l’auteur et éditeur de Root, l’un des gros cartons de 2018 et sa sortie VF en 2019. Oath, de son petit nom Oath Chronicles of Empire and Exile est un tout gros jeu narratif qui évolue, constamment. Surprenant ! Il s’agit d’un jeu d’exploration, de gestion et de narration qui évolue parties après parties selon les décisions, les résultats des précédentes sessions. Dans Oath, une à cinq personnes créent à plusieurs le cours de l’histoire dans un pays ancien. On pourra décider d’incarner le rôle de super gentils pour protéger le royaume, ou au contraire de super méchants pour tout saboter. Les choix, les conséquences d’une partie se répercuteront alors sur celles qui suivent, modifiant les ressources et les actions dispo. Pareil pour les conditions de victoire qui vont eux aussi changer ! Si une personne prend par exemple le contrôle du jeu en se la jouant méfiante, dans les prochaines parties, on devra ensuite faire face à une terre envahie par des voleurs et des seigneurs de guerre. Paf ! Un jeu en format Legacy, mais pas vraiment non plus, puisque on ne modifie pas le matos de jeu de manière irrémédiable. Et tout peut se réinitialiser » à n’importe quel moment. Et autre truc foufou, c’est qu’on n’a pas besoin de jouer toutes les parties avec la même équipe. Les personnes peuvent changer et tout de même poursuivre la partie en cours. Et pas de scénarios linéaires dispo non plus. Tout dépend des choix narratifs effectués par les équipes. Le jeu se souvient » de la façon dont il s’est terminé et adapte alors les conditions de victoire de la prochaine partie. Sans oublier le style artistique de ouf de Kyle Ferrin, déjà aux palettes dans Root. Non, pour faire le pied de nez à la tendance actuelle, Oath ne nécessite pas d’appli qui gère des trucs, des bidules. Oui, il y a une version solo, de quoi incarner les différentes protagonistes sur différentes générations. Bref, un jeu impressionnant, passionnant ! Le jeu a tout déchiré en 2021. En anglais. On attend la VF chez Matagot avec impatience. En 2022 ? SPECTRE Antoine Bauza est décidément tout feu, tout flamme. Après l’excellentissime et tout récent Oltréé, l’auteur valentinois de Valence, en France, et non valencien, de Valence, en Espagne. Faut suivre un peu remet le couvert avec SPECTRE, un jeu de plateau coopératif qui vous permet d’incarner les grands méchants des dessins animés Disney films James Bond. En effet, dans SPECTRE, comme le titre l’indique, plutôt que d’incarner le mythique agent secret, vous ne serez pas une ou un agent du MI6. Non. Vous choisirez d’incarner les méchants classiques de Bond, tels que le fameux Ernst Stavro Blofeld, sur la boîte de jeu On ne vit que deux fois , Rosa Klebb Bons baisers de Russie et Raoul Silva Skyfall . Bon, vu comme ils finissent tous pas trépasser éliminé par l’agent britannique, leur durée de vie est plutôt… limitée. Réussirez-vous à faire mieux qu’eux ? On verra ça dans le jeu de plateau. SPECTRE Le jeu de société vous propose d’être en compétition pour devenir le numéro 1 de l’Exécutif spécial pour le contre-espionnage, le terrorisme, la vengeance et l’extorsion, ou en anglais SPecial Executive for Counter-intelligence, Terrorism, Revenge, and Extortion SPECTRE, la sinistre organisation qui met des bâtons dans les roues à James tout au long de la saga, avec le film de 2015 et sa scène d’ouverture d’anthologie en plan séquence à Mexico. Dans SPECTRE, vous poursuivrez divers stratagèmes en plaçant vos pions sur des cases d’action du plateau. Et selon votre méchant, ces cases, ces actions créeront tel ou tel effet, tous inspirés des films. Un jeu asymétrique, en quelque sorte. Bien que Bond ne constitue pas le cœur du jeu, il faudra toutefois compter sur lui pour qu’il vienne vous mettre des bâtons dans les roues de vos plans machiavéliques pour dominer le monde. Le salop ! À noter enfin que Spectre est signé non pas par un seul auteur, mais par une équipe tonitruante et très bankable ! Ce sont bien 7 créatifs qui signent le jeu, avec le studio français de création Kaedama, composé d’Antoine Bauza, Corentin Lebrat, Ludovic Maublanc et Théo Rivière, ainsi que des auteurs de Modiphius, dont Stefano Guerriero, Javier Angeriz-Caburrasi et Juan Echernique. Le jeu se termine quand l’un ou l’autre méchant de la saga réussit l’un ou l’autre objectif, selon l’évolution de la partie, du plateau. Il n’y a pas d’objectif unique. Rajoutez à cela la possibilité de réaliser des armes grandiloquentes et menaçantes, oui, comme dans les films, et vous obtenez un cocktail explosif ludique et fidèle à la saga. Et quand est-ce que le jeu sort ? Il a été annoncé pour le printemps de cette année. Un titre qui va faire du bruit à sa sortie, sans aucun doute. First Empires First Empires est le tout prochain et deuxième jeu de la toute jeune et explosive maison d’édition Sand Castle, qui a sorti l’incroyable Res Arcana en 2019. Le pitch Et si toute l’histoire du monde s’était déroulée différemment ? Et si les grands empires de notre histoire n’avaient jamais vu le jour ? Et si d’autres civilisations oubliées étaient passées à la postérité à leur place ? Les vaincus auraient pu être les vainqueurs, et les colonisateurs auraient pu être les colonisés… Après tout, les empires sont gagnés et perdus sur un lancer de dés ! Dans First Empires, vous prenez le contrôle du sort d’une nation antique. Après avoir lancé les dés de civilisation, des explorateurs partent à la conquête du monde pour ramener de la gloire à leur, à votre empire. En combinant les dés avec des régions, chaque nation développera sa civilisation et faire partie de l’histoire ! Des dés, des pistes de développement, de l’exploration. Après Res Arcana, l’un des meilleurs jeux de ces dernières années, First Empires donne vraiment envie. Sortie prévue ces prochaines semaines, au premier trimestre 2022. Time Stories Le Manoir Cavendish J’ai la larme fatale mais j’ai rien oublié, tu sais?Tout est incertain et tout est dispersé »Larme Fatale, Julien Doré et Eddy de Pretto. Citer Julien Doré en 2022, ça, c’est fait. Quel gâchis. Après un excellent premier cycle, avec de très bons scénarios telle que Madame ou Estrella Drive, Time Stories a entamé son deuxième cycle en 2019, le Cycle Bleu. Avec des mécaniques de jeu épurés, plus fluides, plus narratifs, moins hasardeux. Le tout premier scénario de ce nouveau cycle était juste excellent. Le Projet Hadal, une histoire de laboratoire sous-marin et de créature fantastique. Et là, patatras ! C’est en octobre 2020 qu’est sorti le deuxième scénario, Une nuit d’Été, une adaptation de la pièce de Shakespeare Le Songe d’une nuit d’été dans l’univers de Time Stories. Ce scénario était plus que décevant. Et depuis, plus rien. Quel gâchis. Commencé sur les chapeaux de roue, ce nouveau cycle s’est pris le mur. Et nos attentes, nos espoirs, nos envies, nos réjouissances avec. Depuis plus d’une année, on attend. Il faut dire que les Space Cowboys étaient ces derniers mois plutôt occupés par leurs nombreuses boîtes Unlock. Le Manoir Cavendish était pourtant annoncé pour la fin de l’année 2020. Sa sortie a été repoussée pour le printemps 2022. Le pitch Des enfants bien imprudents entrent dans un vieux manoir de Nouvelle-Angleterre, à la recherche de leur camarade Damien, qui a disparu depuis plusieurs jours… Damien. Ce nom vous dit certainement quelque chose. Le Manoir Cavendish est en réalité la suite du scénario démo du Cycle Bleu qui nous propulsait dans une petite bourgade américaine en 1958. Après un précédent scénario, raté, on croise les doigts pour que ce Manoir Cavendish nous rabiboche avec la saga. Bureau of Investigation Enquêtes à Arkham & Autres Contrées L’autre grosse sortie de 2022 chez les Space Cowboys. Déjà annoncé pour 2021, Bureau of Investigation Enquêtes à Arkham & Autres Contrées sortira finalement en février. Il s’agit d’un crossover entre les mécaniques de jeu de Sherlock Holmes Détective Conseil et l’univers de Lovecraft. Autrement dit, de l’enquête fantastique. On se croirait dans le jeu de rôle Cthulhu, mais en version jeu de plateau. 5 sombres affaires mêlant épais mystères et Choses Indicibles Qui Rendent Fous-Dingues comme diraient mes enfants de 8 & 7 ans. Tout un programme. Prenez les règles de base de Sherlock Holmes Détective Conseil et ajoutez-y de nombreux autres mécanismes originaux. Dont, peut-être, certainement, la gestion de la santé mentale ? Rappelons que ce n’est pas la première fois que Sherlock Holmes Détective Conseil est adapté à la sauce Lovecraft. Il y a déjà eu Mythos Tales, sorti en 2016, épuisé et jamais traduit en VF. < Ce Bureau of Investigation des Space Cowboys n’en est toutefois pas la traduction. C’est Grégory Privat, un auteur francophone, qui a signé le jeu. 👉 À lire également Les meilleurs jeux de société Cthulhu. Weather Machine Comme chaque année, ou presque, après On Mars, The Gallerist, Escape Plan, et bien d’autres titres, l’auteur lusitanien Vital Lacerda nous sort un gros, gros, gros jeu, complexe, exigeant, profond, palpitant. C’est le cas en 2022, avec Weather Machine. Les catastrophes naturelles appartiendront bientôt au passé ! » proclamait le professeur Sêni Lativ, chef de projet de la manipulation météorologique chez Lightning Technologies. Les tests de sa nouvelle invention, la Weather Machine machine météo, ont donné des résultats positifs. Ses visions d’atténuer les inondations, de maîtriser les cyclones et de mettre fin aux sécheresses lui donnaient le sourire. Dans Weather Machine, vous êtes les scientifiques de l’équipe du professeur Lativ, qui manipulent la météo locale ajustant les précipitations pour les fermes, maintenant le vent et le ciel dégagé pour les sources d’énergie écologiques, et réglant la température pour les stations balnéaires ou les événements sportifs. Classe ! Si vous avez 2-3-17h à passer autour d’un jeu de plateau, Weather Machine est LE jeu qu’il faut. En tout cas, on se réjouit de dilapider tout notre week-end dessus ! Sortie prévue pour la fin de l’année. Pour un prix qui pique. Mais au vu du matériel, de la taille et de l’amplitude du jeu, c’est cohérent. Le Secret de mon Père Le Secret de mon père est un jeu narratif de placement d’ouvriers. Incarnez des membres d’une fratrie dont le père, tout juste décédé, vous a légué son laboratoire rempli d’inventions inachevées. Le pitch Les murs étaient recouverts d’étagères métalliques exposant une multitude de bocaux en verre. Ces derniers contenaient des formes étranges et grotesques qui baignaient dans le formol. Des ustensiles en laiton en parfait état, et des métaux d’une qualité sans pareille étaient entreposés sur de solides plaques de bois et sur des blocs de pierre, que l’usure avait fini par rendre tranchants. Bien vite, mon regard s’arrêta sur un secrétaire à la fabrication robuste, fait d’acajou incrusté de cuivre, sur lequel se trouvait un livre dont la couverture en cuir avait subi les affres du temps. Le journal de mon père, héritage de longues années d’apprentissage et d’innombrables expérimentations. Et à l’intérieur de l’ouvrage usé, tout en haut des pages jaunies par l’oxydation, les notes d’un savant fou obnubilé par un projet ô combien ambitieux, qu’il ne pût jamais mener à terme de son vivant son chef d’œuvre ! Comme mues par une volonté propre, mes mains tremblèrent alors que je serrais le journal contre moi. La lecture de ses travaux scientifiques, frénétiquement consignés sur des bouts de papier, m’emplit à la fois d’anxiété et de fierté, car ces derniers m’appartenaient désormais. J’en fis alors une véritable obsession. Je me devais de redonner à ce laboratoire son prestige d’antan et de consacrer ma vie au secret de mon père !» Un jeu qui mélange stratégie et gestion avec de la narration. Et qui se joue avec une app. Décidément, c’est tendance ! Cela mériterait un prochain article… Lancé en printemps 2021 sur Kickstarter, ayant presque levé la somme de 1 millions de dollars, il faut le reconnaître, Le Secret de mon père titille notre curiosité. Le jeu est attendu pour le premier trimestre 2022. 👉Vous pouvez consulter les règles du jeu ici. Soul Raiders Du créateur de Splendor, Soul Raiders, annoncé pour 2021, il devrait sortir en 2022. Il s’agit d’un jeu narratif ambitieux avec plus de 1 000 cartes pour une aventure épique immersive avec un fort accent mis sur la narration. Soul Raiders propose donc plus de 1 000 cartes que vous pouvez utiliser pour interagir avec le jeu. Chaque chapitre du jeu dure d’une à deux heures qui compose toute la campagne du jeu. Et comme tout jeu narratif, vous avez la possibilité de choisir la suite de l’aventure. Soul Raiders introduit également une nouvelle mécanique la possibilité pour le groupe de se séparer pour mener différentes quêtes, se rendre dans différents lieux en même temps. Avec la menace de trop s’éloigner. Prévu pour la fin de l’année. Le Projet De toute cette liste, s’il y a bien un jeu qui me donne le plus envie, c’est bien Le Projet. Sorti en anglais en 2021 sous le titre The Initiative , ce jeu narratif et disruptif pour familles, mais pas seulement, mélange récit et énigmes. Créé par Corey Konieczka, auteur bien connu de nombreuses galettes spatiales chez FFG, Le Projet nous propulse dans une aventure insolite. Le pitch En 1994, quatre adolescents trouvent un jeu mystérieux lors d’un vide-greniers. En y jouant, ils découvrent qu’il est étrangement lié à leur vie. Que vont-ils risquer pour percer les secrets du Projet ? La narration du jeu consiste en une bande dessinée à lire. Et quand les personnages du récit jouent au jeu mystérieux, c’est à notre tour de vivre leurs aventures, en vrai » sur le plateau. S’il y a bien un jeu auquel je me réjouis de jouer, c’est bien celui-ci ! Sortie dans quelques jours en janvier impatience. Return to Dark Tower On l’attendait en 2020, puis en 2021, il est à présent annoncé pour 2022. Si tout va bien. L’éditeur américain Restoration Games s’est spécialisé dans la réédition et la modernisation de vieux » jeux de plateau bien connus des années 70 et 80. Ce sont eux qui ont commis » le reboot de Fireball Island et Unmatched. Restoration Games est en train de nous préparer la réédition de Dark Tower, sorti en 1981. Ce jeu proposait un système électronique innovant pour l’époque avec une tour sombre, d’où le titre, en plastique qui trônait au milieu du plateau. En la tournant, elle indiquait alors ce qui arrivait sur un territoire spécifique baston, loot, etc. Un jeu presque narratif dans un univers méd-fan avec des événements épiques qui affectaient le plateau et l’équipe d’aventuriers. Un crossover entre JDR, livre dont vous êtes le héros et jeu de plateau. Le but du jeu récupérer trois clés puis venir à bout d’une bande de bandits. Un jeu disruptif pour 1981. Et ce n’est pas n’importe qui qui signe ce jeu, puisque ce sont deux auteurs parmi les plus bankables de la planète Rob Daviau, le papa des Legacy, et Isaac Childres, l’auteur de Gloomhaven / Frosthaven. That Time You Killed Me En 2021, That Time You Killed Me a fait un beau buzz. Il s’agit d’un jeu de société abstrait de voyage dans le temps et… d’assassinat. Créé par Peter C. Hayward avec des illustrations, somptueuses, surprenantes, de Jor Ros, That Time You Killed Me propose une expérience entre jeu narratif et abstrait. Le pitch deux voyageurs temporels sont rivaux. Et chacun prétend être le véritable inventeur du voyage dans le temps. Pour revendiquer le titre de premier voyageur dans le temps, vous allez devoir traverser le temps pour débusquer votre adversaire et l’assassiner dans la joie et la bonne humeur, donc… avant que votre adversaire ne fasse de même, bien sûr. Et le paradoxe du grand-père, dans tout ça ? That Time You Killed Me se déroule sur quatre chapitres, chacun ajoutant plus de chapitres et, évidemment, plus de règles. 👉 À lire également Le voyage dans le temps ne transporte pas les jeux de société. Les chapitres individuels de That Time You Killed Me se déroulent sur trois plateaux 4×4, chacun représentant une époque différente. Lors de votre tour, vous déplacez vos pions entre le passé, le présent et le futur, essayant de piéger votre adversaire sur le bord d’un plateau. Oui, mais. Vous ne disposez que d’un nombre limité de copies » de vous-mêmes que vous pouvez déployer, déplacer pour éviter de vous retrouver assassiné. Si vous êtes à court de copies de vous-mêmes, c’est le drame. Vous ne pouvez plus voyager dans votre passé. La condition de victoire ? Pousser l’autre à n’avoir plus que ses pions sur un seul plateau pour remporter la manche. Expliqué comme ça, ça paraît capillotracté, mais il faut essayer pour mieux s’en rendre compte. Le jeu nous fait de l’œil parce qu’il associe jeu narratif à la mode Legacy avec des éléments rangés et cachés dans des boîtes et des règles qui sont ajoutées de manière progressive avec une stratégie semblable aux échecs ou au jeu de dames. Un mélange détonant. On se réjouit de l’essayer en 2022 et de vous en parler à sa sortie. Darwin’s Journey Darwin’s Journey est un jeu de placement d’ouvriers dans lequel vous remontez le temps dans les souvenirs de Charles Darwin de son aventure à travers les îles Galápagos. Voyage qui lui inspira la théorie de l’évolution qu’il formula en 1859. Créé par l’auteur transalpin très connu Simone Luciani Barrage, Tzolk’in ce gros jeu de plateau introduit une toute nouvelle mécanique de jeu, un placement d’ouvriers qui peuvent et vont évoluer. Pour coller au thème… À votre tour, vous posez un pion sur le plateau représentant l’île, pour réaliser l’une des très nombreuses actions du plateau naviguer, explorer les îles, se former, collecter des spécimens puis les donner au musée ou bien alors correspondre avec l’Europe. Avec, donc, la possibilité de faire progresser, d’améliorer vos pions, vos ouvriers. Du pur Engine-building, donc. On se réjouit de voir ce que ça donne. Financé sur Kickstarter en janvier 2021, avec une somme récolté de plus d’un million, le jeu a connu un peu de retard en anglais. La VF, elle, est attendue pour octobre 2022. Guilty Guilty est un jeu d’enquête à paraître pour la toute fin d’année chez Iello. Créé par l’auteur Haut-Savoyard Yohan Servais, grand spécialiste des jeux d’enquête, déjà auteur de deux aventures Unlock, et parmi les meilleures, The Noside Show et Le tour du monde en 80 minutes, on se réjouit de découvrir le concept. Guilty s’annonce comme un jeu d’enquête en one shot », et qui sortira sous plusieurs boîtes. Avec des affaires touffues de plus de 2h, à la manière d’un Détective, aussi chez Iello, ou d’un SHDC. Un concept, un jeu qui titille notre curiosité ! On en saura plus au courant de l’année. Bitoku Oui, vous avez bien lu le titre. Et non, il ne s’agit pas d’un party game transgressif, régressif. Il s’agit d’un gros jeu de gestion de créatures sylvestre qui a fait un gros buzz sur le salon d’Essen en octobre 2021. Dans Bitoku ne lisez définitivement pas cette phrase à haute voix à côté de vos enfants, vous incarnez le rôle d’esprits magiques de la forêt. Votre but, vous élever vers la transcendance et devenir le prochain grand esprit de la forêt. Bitoku est un gros jeu pour Gamers, avec de la gestion de cartes, de dés et de l’engine-building. Un jeu solide, un jeu puissant. Et c’est Iello qui s’y colle pour le VF, prévue pour la fin de l’année 2022. Carnegie Carnegie est le nouveau gros de gestion de Xavier Georges, l’auteur belge connu pour des jeux profonds et intenses Troyes, Carson City, Black Angel. Le jeu de plateau Carnegie a été inspiré par la vie d’Andrew Carnegie né en Écosse en 1835. Andrew Carnegie et ses parents ont émigré aux États-Unis en 1848. Bien qu’il ait commencé sa carrière de télégraphiste, son rôle en tant que l’un des principaux acteurs de la montée en puissance de l’industrie sidérurgique américaine en a fait l’un des hommes les plus riches du monde et une icône du rêve américain. Andrew Carnegie était également un bienfaiteur et un philanthrope. À sa mort en 1919, plus de 350 millions de dollars de sa fortune ont été légués à diverses fondations, et 30 millions de dollars supplémentaires à divers organismes de bienfaisance. Ses dotations ont créé près de 2 500 bibliothèques publiques gratuites qui portent son nom les bibliothèques Carnegie. Dans le jeu, vous allez recruter et gérer des employés, développer votre entreprise, investir dans l’immobilier, produire et vendre des biens et créer des chaînes de transport à travers les États-Unis. Vous pouvez même travailler avec des personnalités importantes de l’époque. Peut-être deviendrez-vous même un illustre bienfaiteur qui contribuera à la grandeur de son pays par ses actes et sa générosité ! Comme Carnegie lui-même. Un gros jeu de gestion qui va envoyer du lourd ! Ark Nova Après Bitoku, voici un autre jeu qui a buzzé sec à Essen, c’est Ark Nova. Dans Ark Nova, qui va être traduit par Super Meeple courant 2022, vous planifiez, construisez et gérez votre zoo. Animaux, enclos, personnages, projets scientifiques de conservation de milieux naturels, Ark Nova reprend le thème de Zooloretto en lui appliquant une rigueur aussi riche, sérieuse et cohérente que Wingspan. Dans Ark Nova, le cœur du jeu repose sur ses 255 ! superbes cartes et de la façon dont elles sont placées, utilisées dans le jeu. Attendez-vous à créer des combos subtils et dévastateurs. Mais pas seulement. Le jeu demande également de placer des tuiles et gérer un aspect physique, géostratégique. Ark Nova, un jeu zooépique dont on entendra très certainement beaucoup parler ces prochains mois. Vivement la VF ! Micromacro Crime City 3 Après une première boîte en 2020, puis une seconde en 2021, les éditeurs ont confirmé une 3e pour 2022. On n’en sait encore rien du tout, si ce n’est qu’on se réjouit déjà tout plein ! Nano9Games Rien que pour la performance ludique, la gamme Nano9Games nous interpelle. Un Nano9Game est un jeu qui ne contient que 9 cartes, 9 dés et 9 cubes. Et c’est tout. Pur Mixi, cette gamme au matériel riquiqui pourrait s’avérer intéressante. Les 3 premiers Nano9Games sont annoncés pour le mois de juin, avec Railways, City Planner, Empire. La gamme comptera ensuite 6 autres jeux. 9 en tout, donc. Forcément. Pour vous offrir une expérience de lecture plus agréable, nous vous proposons un site sans aucune publicité. Nous entretenons des relations d’affiliation avec Philibert et Play-in. Ainsi, lorsque vous achetez un jeu en cliquant sur les liens menant aux boutiques, vous nous soutenez. Grâce à vous, nous pouvons obtenir une petite part des revenus. Ceci nous permet alors d’acheter d’autres jeux et de continuer à pouvoir vous proposer de nouveaux articles. Et vous, quels jeux attendez-vous le plus pour 2022 ? Votre réaction sur l'article ?
| Ктеφа яվա | Υгቲፂաст езሶዦօթыλ юηዧктፊс |
|---|
| Иգը ղጲвунеп ωγርмօቼ | ልеሴዜ ሀፑ |
| Աኮօгл ш ваዬፑրե | С врωዷеղаኅ |
| ኸծогሡբуጿ ኧе κոнтጷд | Идеኜешон сաትозиср а |
Merevoilà avec de nouveaux printables hihihiiiiii Je vous met aujourd'hui la dou'a en sortant de la maison, un format différent de l'habituel pour changer un peu tout en essayant de garder la meme deco d'ensemble que le
Introduction 1 La roqya vient de la racine r ḳ w/y signifiant monter », escalader » cf. Ḳur., XVII, 93; XXX ... 1Médiatisée depuis les années 1990 en Algérie, en Égypte et en France Cherak, 2007, la roqya1 , pratique thérapeutique non conventionnelle, apparaît et se diffuse dans un contexte favorisé par l’effervescence religieuse liée au retour à un islam des origines ». Cette pratique s’accompagne d’un projet d’islamisation des sciences en Égypte Chiffoleau, 1995 31, et coïncide avec la privatisation du secteur médical et la marchandisation des soins Mebtoul, 2004, l’émergence d’associations et de cliniques islamiques Ben Néfissa, 1993 ; Turc, 2013, voire une crise de confiance Fainzang, 2012 envers l’institution médicale relation soignant-soigné, développement d’associations de malades, judiciarisation de la médecine, érosion de la tradition clinique, déclin du pouvoir médical. 2 La décennie noire » désigne la période de conflit armé entre l’État algérien et les partisans du ... 3 Praticien de la roqya, râqi et moraqqi, termes utilisés en Algérie. En Égypte dominent les termes c ... 2Révélateurs d’une transformation sociale profonde, le contexte sociopolitique terrorisme2, immigration et la réalité sanitaire et économique structurent les positions, les discours et les engagements des acteurs de la roqya le râqi3, le malade et sa famille. Les souffrants sont issus de diverses catégories sociales où se côtoient des étudiants, des salariés, des chômeurs et des femmes au foyer. Leurs râqis sont des amateurs » qui pensent rendre service aux malades, des professionnels consacrés à la roqya ou des imams, voire certains professionnels de la santé médecin, psychologue. Privilégier l’étude comparative des pratiques et des représentations s’est avéré heuristique pour saisir l’ampleur de ce nouveau phénomène touchant à la santé qu’est la roqya. Mes observations ont été menées en France vingt-neuf rituels à Marseille et à Paris 1996, 1998, 2002, 2004, 2005, en Algérie soixante-dix rituels à Oran et sa région 1998, 1999, 2001 à 2003, 2007 et en Égypte quarante-quatre rituels au Caire, à Sendoub, un village du delta, et un village du gouvernorat ach-Charqiya 1999, 2001. Ces terrains se différencient les uns des autres par la langue français, arabe, le temps rituel plutôt nocturne en Égypte, diurne en France et en Algérie et le lieu mosquée en plus de l’espace privé en Égypte. J’ai pu y avoir accès en établissant des liens de proximité et en constituant ainsi des pôles d’informateurs. À Oran, en 1998, un râqi m’a présenté une possédée qui m’a introduite dans son réseau. Au Caire, en 1999, un journaliste m’a permis de contacter deux râqis. En France, ma fréquentation du réseau de la mosquée d’Aix-en-Provence en 1996 a facilité mon admission aux rituels à Marseille. Avec l’autorisation des râqis et en créant un lien de confiance avec des malades, j’ai réalisé des enregistrements sonores et des vidéos. Présentée aux râqis comme doctorante en anthropologie en France, j’ai pu effectuer des entretiens semi-directifs ainsi que des observations participantes et directes de rituels collectifs et individuels. 3J’ai étudié les acteurs de la roqya selon une démarche compréhensive du discours et des pratiques au niveau émique Olivier de Sardan, 1988. Cette analyse acquiert sa pertinence à partir d’une approche anthropologique interprétative Geertz, 1998, 1999 ; Crapanzano, 2000 ; Kleinman, 1980 qui se focalise sur les formes symboliques structurant le réel, lui donnant un sens dans son contexte social et culturel. Selon Byron Good 1998 127, la biologie, les pratiques et les significations sociales interagissent dans l’organisation de la maladie en tant qu’objet social et expérience vécue ». 4La maladie comme discours et expérience implique une orientation du souffrant et de sa famille vers des soins prescrits, recommandés, suggérés ou essayés, dans le cadre de la biomédecine, des soins non conventionnels connus, mais aussi en consultant un râqi. La quête de sens joue un rôle important dans l’itinéraire thérapeutique et, hormis le coût du soin, les représentations qui peuvent évoluer sur la maladie et sa gravité, la compétence et le savoir du thérapeute ou encore l’efficacité thérapeutique, sont aussi des facteurs déterminants Diarra, 1993. 5En s’engageant dans la roqya, comment le malade et sa famille construisent-ils le sens du mal tout en se positionnant dans un champ thérapeutique plus large, où le pluralisme est mobilisé ? 6La dimension thérapeutique de la roqya se déploie dans un rituel collectif mais aussi individuel, à domicile. Peut-on considérer la roqya comme une forme d’automédication qui se dévoile dans l’appropriation et la transmission d’un savoir caractérisé par le développement d’un empowerment chez le souffrant ? 7Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de sonder les représentations du souffrant sur l’origine des maux, de suivre son itinéraire thérapeutique, d’expliciter le contenu de la roqya et ses soins annexes recommandés ou initiés à domicile. L’origine des maux 8Dans ses dimensions ontologique, institutionnelle ou d’assentiment, la notion de croyance Grellard, 2017 et celle de savoir souffraient d’une hiérarchisation dans les statuts depuis le positivisme scientifique et le déclin du pouvoir de l’Église. Le courant évolutionniste attribuait des croyances aux sociétés primitives » Burnett Tylor, Frazer, Lévy-Bruhl. Attribuer aux autres » le verbe croire » ou des croyances Hamayon, 2006 ; Lenclud, 1990 ; Pouillon, 1993, souvent jugées irrationnelles », pré-logiques », protoscientifiques », populaires », est une orientation que l’anthropologie contemporaine souhaite dépasser. Dans son anthropologie médicale critique, Byron Good 1998 revisite les croyances propres au système médical occidental et les place au même rang que les croyances religieuses prêchées par les missionnaires, estimant qu’elles partagent un objectif commun, celui de convaincre l’Autre pour changer son comportement. Clifford Geertz 1999 considère la notion de sorcellerie chez les Azandé comme une pensée de sens commun. Edward Evan Evans-Pritchard 1976 explique la maladie et le malheur chez ces derniers comme un événement chargé de sens la sorcellerie devient une raison sociale qui répond à un discours moral sur le mal. La croyance étant parmi les supports qui véhiculent une vision du monde, le fait de nommer, d’identifier, de décrire la maladie relèverait de la connaissance. Analysant l’utilisation du terme croyance et son lien avec la connaissance, Byron Good 1998 affirme qu’un glissement de sens s’est opéré dès le xixe siècle car ce terme devient synonyme de doute, d’erreur et de mensonge. Reconnaissant le relativisme de la notion du cru et du su, Jean Pouillon 1993 souligne un lien entre savoir et croyance le savant qui anticipe émet des hypothèses basées sur une vision du monde. 9Dans le recours à la roqya comme "croyance" et " savoir", le souffrant et sa famille activent et partagent des représentations sur la maladie et le mal au contact des râqis. Ceux-ci s’appuient sur des références religieuses, utilisées comme source d’un savoir relatif à la maladie, et sur d’autres représentations liées à leur expérience de râqi. En invoquant la volonté divine dans la distribution des maux, l’étiologie est actualisée dans le sens de l’intervention d’entités malveillantes reconnues par l’islam sunnite djinns, sorcellerie et mauvais œil. Les djinns hanteraient les lieux sales et abandonnés mais aussi l’espace domestique, d’où par exemple la récitation de formules protectrices bismi Allah au nom de Dieu avant de jeter un liquide bouillant. Le caractère pathogène de la possession par un djinn implique la pénétration » de celui-ci dans le corps de sa victime, provoquant maladie et infortune. 10À Oran et sa région, les acteurs de la roqya évoquent la possession par les termes arabes madrôb frappé, mamloûk possédé, maskoûn habité et mamsoûss touché. Ce dernier terme est appris et véhiculé dans les milieux de la roqya. Ces expressions, qui traduisent des états de possession, indiqueraient différents degrés d’atteinte par les djinns, le maskoûn et le mamloûk désignant les malades les plus atteints et donc les plus souffrants. Certains râqis distinguent différents mass possession le mass externe qui est une forme légère de possession car le djinn est censé influencer sa victime de l’extérieur du corps ; le mass interne qui désigne un contrôle instantané du malade ; le mass momentané où le djinn visite » le corps pour un laps de temps ; et le mass permanent qui correspond à la catégorie du maskoûn. 4 À Oran, la mère utilise des produits de sa cuisine pour soigner en urgence, par exemple du café mou ... 11Ce vocabulaire utilisé par le malade et le râqi pour décrire le corps malade, siège de forces surnaturelles qui l’occupent et l’agitent, inscrit le désordre biologique dans le social. Il témoigne de la difficulté à discerner corps sain » et corps malade ». Les signes d’une possession qui peuvent inquiéter le souffrant et sa famille sont porteurs de doutes quant aux normes de la bonne » santé et du comportement normal ». Le souffrant est le premier à exprimer un changement survenant dans son corps et/ou dans sa relation avec l’autre. Ce corps est sujet de savoir Good, 1998. L’entourage, qui juge pathologique un état de santé, déviant un comportement ou anormale une situation, instaure un pré-diagnostic. La syncope, le regard fixe, la digression, le changement soudain d’humeur, d’identité et de comportement, la vision » d’êtres ou d’objets invisibles, le fait de leur adresser la parole sont des signes qui interpellent l’entourage. Les troubles physiques éruption cutanée, céphalée, saignement4, fausse couche invitent également à un questionnement d’ordre médical et à la visite de professionnels de la santé, sans pour autant écarter l’appel au savoir traditionnel tisane, fumigation, amulette, etc.. 12Les râqis admettent que les états émotionnels, inscrits dans la construction de la culture locale Tousignant, 1987, comme la colère, le chagrin, la peur et les chocs psychologiques, sont des portes d’entrée de djinns maléfiques notamment kâfirs non musulmans préférés des sorciers. La sorcellerie, cause indirecte de la possession, révèle une érosion, voire une rupture des liens sociaux lorsqu’elle s’avère source d’une jalousie, d’une vengeance ou d’une domination. Opérant dans le secret et la discrétion comme le mauvais œil, elle est censée provoquer des désordres relationnels et l’infortune. Selon les râqis, les problèmes de santé peuvent être le but premier du jeteur de sort. La vulnérabilité du souffrant, cible du sort, signale l’incapacité à préserver un ordre biologique et/ou social. Le sort ingéré est souvent considéré comme le plus puissant. Sa victime est présentée comme ayant une santé fragile maigre, pâle et une volonté effacée. Un mari trop obéissant à sa femme serait ensorcelé notamment par l’ingestion d’un cerveau de hyène ; il s’agit d’un homme madbôʿ hyénisé dans l’expression oranaise. Le mauvais œil est souvent identifié chez les enfants, particulièrement chez les plus jeunes, vus comme plus vulnérables au regard envieux des adultes. L’acquisition d’un savoir expérientiel 13À travers l’itinéraire thérapeutique de Nora à Oran, j’interroge le processus de l’acquisition d’un savoir expérientiel comme un savoir construit Dassieu, 2018 et syncrétique allant de l’identification du mal à l’engagement dans un pluralisme thérapeutique. Au travers de ce savoir expérientiel s’expriment des formes d’automédication qui mettent en exergue l’empowerment du malade. 14Nora, célibataire, 18 ans, se considère en cours de guérison après des soins par la roqya. Elle a interrompu sa scolarité en deuxième année de l’enseignement moyen après avoir entendu une voix interne attribuée à son djinn lui révéler la médisance de ses amies collégiennes. Victime de mauvais songes dès l’âge de 6 ans tombée du haut du bâtiment, chassée dans une forêt par une femme tenant un bâton, Nora a cru à l’âge de 10 ans que le fou du quartier lui envoyait ses chiens en rêve pour la chasser. Les crises de t-hatrîf cauchemar se répètent, inquiétant son entourage inconsciente, elle se lève pour parler et fixer du regard son interlocuteur. 5 Le taleb, étudiant, détenteur d’un savoir coranique, autrefois issu d’une zaouia, désigne en Algéri ... 15Croyant à l’existence des moumnîne croyants, euphémisme désignant les djinns, plusieurs familles à Oran visitent les tombeaux des saints ou font appel aux talebs5 pour confectionner des amulettes Claisse-Dauchy, 1996 ; Hamès, 2007, afin de chasser le cauchemar ou soigner le somnambulisme. À 6 ans, Nora est amenée par sa mère chez un mrâbet saint pour être examinée. Diagnostiquant une possession par un djinn-enfant agoûne sot car elle refuse de parler, le guérisseur prescrit alors de dissoudre une écriture talismanique dans de l’eau avant de la boire, de faire brûler du jâwi benjoin et de manger un poulet grillé sans sel. Un rîh moumnîne vent de croyants sous forme d’un djinn-enfant est également identifié par la tante maternelle de Nora qui t-guezzene devine en fixant celle-ci du regard. À la suite de ce diagnostic, il lui est recommandé de sentir du gatrâne poix. 16Souffrant de troubles de la vision, de céphalées et d’aménorrhée, Nora est conduite par sa mère chez des professionnels de la santé qui, sans s’alarmer, lui prescrivent des médicaments pour le mal de tête. Nora éprouve la sensation d’un ver qui circule à l’intérieur de son ventre. Comme elle l’explique, sa mère est convaincue, à la vue des résultats de l’imagerie médicale, que sa fille ne souffre pas d’une pathologie grave 6 Dans le langage oranais, la radio de télévision » désigne l’échographie. Je sens comme ça, comme un ver qui marche à l’intérieur [du ventre], comme une chose qui marche et qui se déplace d’un endroit à un autre. Chaque chose que je sens je la dis à ma mère. Elle me prend aussi pour me faire une visite [médicale] […] elle me dit “seulement tu es en train de me mentir, tu ne sens rien du tout, comment ça se fait que le médecin voit dans la télévision6, il a vu tout l’intérieur de tes entrailles, et dis-moi !”. Il lui dit “elle n’a rien ta fille” Entretien du 12 août 1999 avec Nora, sans emploi, Oran. 17La formule Tu n’as rien », accueillie comme un soulagement mais aussi comme une ambiguïté, permet d’autres interprétations et amène le souffrant à émettre des hypothèses, à attendre l’évaluation de son entourage avant de nommer le mal. La découverte du djinn possesseur présent depuis six mois transforme alors le sens de la maladie de Nora. Sa confidente Siham, une possédée fréquentant le râqi oranais Toufiq et initiée à la méthode de sora image, se met devant elle et ferme les yeux pour se concentrer aussitôt le djinn de Nora est démasqué sous la forme d’un homme noir nu aux cheveux blancs, aux longues oreilles comme celles d’un âne, aux pieds de chèvre, et tenant un bâton. Nora, qui ne voyait son djinn qu’en rêve, commence à sentir quelque chose » sortir d’elle un homme la fixe du regard, s’assied en face d’elle et lui barre la direction de la Mecque. Une fois la prière terminée, elle sent une chaleur regagner son corps. Siham lui conseille salât al-istikhâra la prière de consultation à la suite de laquelle Nora voit son djinn en rêve Youcef, un bel homme noir imberbe, 25 ans, vêtu d’un pantalon noir, d’une chemise blanche et d’une veste jaune. Le rêve est perçu comme une source de connaissance impliquée dans le diagnostic et le choix du soin Pearce, 1992. Il fait partie du savoir expérientiel du possédé. 18Nora est éprouvée dans son corps avant d’impliquer sa famille dans un monde peuplé de djinns. Elle est sujette à des visions à domicile qui suscitent perplexité et réticence à en faire part. La mère est exclue car elle ne croit pas à la manifestation des djinns dans la réalité, tout comme la tante maternelle qui craint de la démentir. En revanche, Nora dit avoir partagé des visions avec sa sœur Sonia et son grand frère. 19L’interprétation des visions de Nora s’inscrit dans une théorie subjective de la maladie Faltermaier, 1992. Pour l’oncle, elles sont le résultat d’une fatigue physique et psychique due aux déplacements à pied entre le domicile et le collège. Cet argument est déconstruit par la rencontre de Siham qui affirme le rôle des djinns dans les visions. À Oran, la multiplication des visions, notamment persécutrices, est le signe d’une attaque djinnique. Nora commence à croire à la manifestation des djinns le jour où elle dit avoir vu aux toilettes de la maison une femme qui se déculottait vers 14h30, et a fermé aussitôt la porte. Mais en vérifiant par la suite, elle se dit persuadée de la présence d’une mousse blanche. La mère pense plutôt à l’effet de la chasse d’eau, phénomène ordinaire. 20La moulât eddâr maîtresse de la maison, une djinnia qui partage l’espace domestique selon les représentations partagées à Oran, est un objet de culte au sein de la famille de Nora. Gardienne du seuil de la maison, elle est censée exiger des sacrifices d’animaux, l’achat de parfums, et l’offrande de blé bouilli et de fruits secs au yennayer, le nouvel an berbère. Satisfaite, en contre-don, elle veillerait sur la famille en promettant une pêche abondante au père. Le fait que cette moulât eddâr se manifeste auprès de Nora depuis 1994, alors que celle-ci était âgée d’environ 13 ans, reflète une situation familiale conflictuelle mauvaise entente, depuis l’enfance, entre Nora et sa sœur Sonia, action occulte menée par la belle-mère et la femme de l’oncle. Décrite comme une belle femme aux traits européens, habillée d’un sari indien, moulât eddâr aurait favorisé sa protégée Sonia qui ressemble étrangement à sa fille, alors que Nora serait la cible de ses représailles. Nora explique ainsi les conséquences de son indifférence à l’égard de la convoitise de la djinnia qui voulait s’emparer de beaux verres achetés par le père en Mauritanie un jour, Nora renverse sur elle-même une casserole d’eau bouillante qui lui brûle les cuisses. L’accident est interprété comme un acte de vengeance de la djinnia qui, dans une vision, l’aurait menacé en disant je vais te brûler ! ». La disparition des verres renforce sa conviction du pouvoir maléfique de l’invisible. Lors d’une autre vision, Nora attribue à la djinnia l’ecchymose qu’elle a au bras, constatée à son réveil. Celle-ci l’aurait frappé la nuit avec le couvercle de l’autocuiseur en la réprimandant d’avoir oublié de laver la vaisselle avant de dormir dans la cuisine. 21Nora est persuadée qu’elle est visée, ainsi que sa famille, par des sorcelleries collectives et plurielles comme celles supposément introduites dans l’appartement par la première épouse du père avant l’aménagement de la famille. L’installation de moulât eddâr dont témoigneraient ces sorts exprimerait la vengeance de la belle-mère, jalouse de sa mère Oui, notre maison, nous, depuis qu’elle avait la sorcellerie, elle [la djinnia] commençait à sortir. Ma belle-mère habitait ici. C’est elle qui avait fait cette sorcellerie comme ça. Et quand elle avait su que ma mère va se marier, elle avait fait la sorcellerie pour que ma mère quand elle vient, déjà la sorcellerie serait faite. Car le djinn de ma sœur a parlé et il leur a dit comme ça [....]. C’est sa femme qui nous a fait la sorcellerie [...] il a divorcé avec elle, elle est en France. Entretien du 12 août 1999 avec Nora, Oran 22Le demi-frère de Nora, exécutant la volonté de sa mère, est suspecté de jeter d’autres sorts sous forme de clous et d’aspersions. Nora soupçonne aussi la femme de son oncle paternel de faire de même pour détourner le partage de l’héritage d’une villa avec son père. La performance du discours dominateur de cette héritière révèle une prise de pouvoir occulte J’ai la femme de mon oncle paternel soi-disant qui est jalouse comme ça ou je ne sais pas [...] Elle n’est pas bien avec nous, oui. [...] nous avons une villa à [...] et nous voulons la vendre, elle appartient à mon grand-père, pour partager l’héritage. Mais, elle maintenant ne veut pas que la villa soit vendue. [...] Et elle leur dit “et s’il me plaît je tourne cela en diabolique” [...] c’est elle qui l’habite oui. Et elle ne veut pas qu’elle soit partagée [...] Elle leur dit “moi je vous ferme vos bouches”. [...] ils étaient assis, elle leur dit “le jour où il me plaît moi je vends la villa”, aux héritiers. Et donc cela fait quoi ? Ça fait que “c’est moi qui ai fait la sorcellerie”. Entretien du 12 août 1999 avec Nora, Oran 23Insistant sur ce qu’elle suppose être une preuve matérielle du sort reçu pour dénoncer la femme de son oncle, Nora souligne le pouvoir visionnaire de son djinn juif qui l’aurait dévoilé. Dans la période où sa famille s’apprête à peindre la maison, Nora identifie » un carré magique noué dans la bretelle de sa tunique d’enfance, abandonnée derrière l’armoire. Cette écriture énigmatique est reconnue par le râqi Toufiq comme étant un jadwel yahoûdi table juive. Selon Nora, il s’agit d’un sort introduit de l’extérieur, sa mère n’ayant pas l’habitude d’écrire des hjâbs écritures talismaniques chez des talebs. Nora note une évolution dans les normes familiales de soins désormais, le père ne tolère plus l’écriture magique, interdite dans le nouveau discours des râqis. 7 Nora n’hésite pas à chasser Siham, à l’insulter en présence du râqi. Cette haine est attribuée à so ... 8 La pratiquante de la religion est reconnue comme sœur en Dieu ». 9 Dans son recueil de hadiths, Al-Boukhâri a consacré un chapitre sur la Médecine » recommandant de ... 24Le basculement des représentations de Nora concernant la maladie et sa prise en charge est déterminé par l’intervention de Siham7 qui, fréquentant des sœurs8 à la mosquée, lui conseille de visiter Toufiq. Assistant aux rituels collectifs, Nora s’implique dans un processus de construction et d’intériorisation de normes de soin partagées chez des râqis la représentation incarne une norme. La main de Nora posée sur son bas-ventre indique au râqi Toufiq l’endroit du sort et engage un traitement par la hijâma scarifications et pose de ventouses. Cette pratique, rangée dans al-tib al-nabawî la médecine du prophète9 Al-Suyûtî, 1997, et qui suscite l’intérêt des hommes souffrant de maux de tête, est censée affaiblir le djinn dans son lieu de prédilection, l’utérus, et évacuer le sort en purifiant le sang contaminé. 25Toufiq prescrit la hijâma dans plusieurs zones du corps une fois à l’occiput, plusieurs fois entre les épaules, au bas du dos et au bas-ventre Car les règles ne me viennent pas jusqu’à présent. Je suis partie voir des médecins et tout, ils m’ont dit “tu n’as rien”, et quand je suis partie chez Toufiq, il [le djinn] lui a dit “je suis installé dans son utérus” [...] car le bas du dos est avec l’utérus, on le fait ensemble pour que lui [le djinn] souffre. Oui, j’avais mal au dos. Oui, c’est-à-dire aux épaules, je ne pouvais pas bouger [...] quand j’avais mal à la tête, je ne voyais pas les êtres humains, je commence à voir tout [...] Ma tête me fait mal et je vois que la lumière, je ne vois rien. De la lumière jaune comme ça, parfois une lumière verte. [...] ma mère croyait que j’avais quelque chose dans ma tête ou bien, mais quand je pars chez les médecins, ils me disent “tu n’as rien” [...] Mes yeux, ma tête, j’ai fait une radio pour tout mon corps. Une gynécologue, je suis partie la voir à [...] elle m’a fait la télévision [l’échographie] et tout. Elle m’a dit “tu n’as rien”. [... ] Toufiq, il [le djinn] lui dit “voilà où je suis, voilà où je suis” [...] Je lui dis “je suis dans la tête et dans l’utérus”. […] c’est-à-dire, je l’embête et je la rends folle. Et dans l’utérus, je ne laisse pas les règles lui venir. Entretien du 12/08/1999 avec Nora, Oran 26Nora n’a pas toléré le séné senna alexandrina prescrit par Toufiq dans le but de purifier le corps du sort ingéré, elle l’a vomi. Le râqi confirme que le vomi de couleur rouge correspond à un sort ingéré même si l’effet attendu du séné est de purger le corps à travers les intestins Il prescrivait sanâ’ al-makki [senna alexandrina] et je ne le supportais pas [...] je vomissais comme du sang comme ça. Mais ce sang était de la sorcellerie rouge et non pas du sang car quand je dis au râqi “voilà ce que je vomis” [...] comme des plaques, [du sang] coagulé, oui. Il me dit “non, ce n’est pas du sang”. Cela était de la sorcellerie qui a la couleur rouge, car il y a trois catégories de sorcellerie la rouge, la noire et la jaune [....] alors j’ai continué [le traitement] jusqu’à ce qu’elle parte. Entretien du 12 août 1999 avec Nora, Oran 27Le recours à la hijâma et aux autres soins annexes répond à l’impuissance du discours médical. Alors que les professionnels de santé ne nomment pas les perturbations de Nora, n’expliquent pas l’origine de sa souffrance, lui demandant simplement d’attendre son cycle menstruel, le rituel de la roqya apporte une réponse le djinn donne » un sens aux maux ; c’est lui qui aurait provoqué les céphalées et entravé les règles. La roqya et ses soins annexes 28L’islam sunnite admet le rôle protecteur et thérapeutique du Coran récité et de la médecine du prophète pour s’opposer aux entités maléfiques invisibles. Fondant leur légitimité sur les hadiths méthode, éthique pour se distinguer des autres thérapeutes taxés de charlatans, les râqis ne parlent pas souvent de médecine du prophète mais plutôt de techniques comme la hijâma, l’istifrâgh émétique et la purge. Socle du rituel, la récitation du Coran constitue ce qu’ils appellent une roqya, pratique qui s’inscrit dans une logique thérapeutique exorcistique Laplantine, 1986. Tout objet coranisé » destiné aux soins, comme l’eau, est censé se charger de la baraka bénédiction du Coran véhiculée par la bouche du râqi. La récitation directe sur l’objet, avec le souffle qui l’imprègne, est la garantie du verbe incarné ». Le râqi choisit les versets, les méthodes et les moyens de traitement. Le rituel suit un développement qui vise l’identification du mal, l’intervention physique, coranique et symbolique du râqi lors de l’interaction avec le malade. Il peut s’achever par l’excorporation du djinn et la recommandation de soins chez le râqi et à domicile. 29Selon les râqis, la roqya se fonde sur l’existence d’un monde invisible non humain et le respect de l’application de normes préparation, diagnostic, soins qui répondent à des modèles d’actions jugés légitimes et efficaces. Même s’ils cherchent à ramener le malade à l’état qui était le sien avant la maladie ou l’événement fâcheux, les râqis inscrivent leur action dans une légitimité de soins plutôt que dans une efficacité de soins. Si certains reconnaissent une efficacité thérapeutique aux soins traditionnels écriture magique, sacrifice pour satisfaire et amadouer le djinn, couvrir le corps de sang, brûler de l’encens, celle-ci est souvent considérée comme éphémère car non conforme à l’islam. 30La légitimité du diagnostic tient à la nature de l’autorité dont est investi le râqi, qui est celle du Coran. En privilégiant la récitation du Coran, celui-ci s’appuie sur l’esthétique » vocale pour influencer le malade, d’où l’importance d’une observation attentive des réactions et des changements sur son corps. Le rituel de la roqya implique une construction » et une identification » des symptômes afin de définir ce qui relève de la pathologie. Tout signe se manifestant durant la récitation coranique peut être interprété. Si le malade se bouche les oreilles, cela signifie que le djinn est provoqué, gêné ou brûlé, notamment par certains versets évoquant les supplices du feu éternel. Les pleurs, les cris, les insultes, les agitations, les fourmillements, les engourdissements, les éructations, les nausées, l’envie de mettre un terme au rituel, sur lequel les souffrants disent n’avoir aucun contrôle, sont des indicateurs de la manifestation d’un mal occulte possession, sort. La transe serait la manifestation directe d’un djinn. Celui-ci est censé s’exprimer par la bouche de sa victime pour communiquer avec le râqi et les autres malades lors du rituel collectif. Un djinn est identifié par le râqi si le malade présente une dissociation dans sa personnalité et/ou des réflexes jugés étranges s’attribuer un prénom, un sexe, une religion, une personnalité ou affirmer voir des choses ». 31L’identification des signes de la maladie est du ressort du râqi. Celui-ci cherche à rationaliser l’approche des entités morbides chez le possédé pour valider le besoin de la roqya. L’identification du mal et de son fonctionnement normalise la situation et permet de reconnaître la possession, et d’écarter ainsi la maladie mentale qui relève de la compétence de la psychiatrie. Selon Toufiq, il n’est pas cohérent qu’un djinn juif se nomme Mohamed. Selon d’autres râqis, il n’est pas logique qu’une myriade de djinns possèdent un seul individu. Pour d’autres encore, il n’est pas possible que le djinn se manifeste dès le début de la récitation, la perte de conscience » étant un passage obligatoire ou tout du moins un état intermédiaire vers la transe. Suivant un processus d’identification et de reconnaissance de la maladie, les malades sont invités à exprimer celle-ci dans un cadre stéréotypé de normes qui expriment le besoin de maîtriser et de gérer les expressions du monde occulte. En fréquentant les râqis, le souffrant entre dans une dynamique d’apprentissage de la façon d’être malade et d’endosser légitimement ce statut. 10 Ce cheikh est considéré dans les milieux de la roqya comme l’un des premiers praticiens. Il a écrit ... 32Au cœur du rituel, le râqi est parfois confronté au savoir théorique de son malade qui, initié à la roqya et connaisseur de la littérature afférente, met à l’épreuve ses méthodes. Ainsi, une possédée en transe observée à Oran insiste auprès du râqi Hasni pour qu’il échange avec son djinn afin de le convertir à l’islam avant de l’expulser de son corps, un modèle de soin décrit dans le livre du râqi égyptien Wahîd Abd-Essalâm Bâli10. 11 À Oran, le recours aux herboristes est recommandé par les râqis. Des produits à usage thérapeutique ... 33Soulignant les incohérences de diagnostic, l’insuffisance, voire l’incapacité de la médecine allopathique à soigner les malades qu’ils sont amenés à prendre en charge, les râqis estiment que celle-ci est impuissante face aux maux d’origine occulte, qui sont le domaine privilégié de la roqya. À leurs yeux, les soins traditionnels pèchent par absence de légitimité religieuse, et les soins de la biomédecine souffrent d’un manque d’efficacité. Répondant à une logique de diagnostic et d’efficacité, la roqya et ses soins annexes opèrent sur les plans symbolique et réel. Le râqi et le malade attendent une transformation physique, psychique et sociale qui atteste de l’avancement des soins, en fonction duquel des adaptations peuvent être envisagées. De nombreux râqis ne se contentent pas de réciter le Coran, mais conjuguent le rituel à la médecine du prophète. Ils puisent parfois dans le savoir traditionnel des plantes11 appelé dwa al-’arab, remède des Arabes Shabou, 1995 65. Par exemple, ils peuvent avoir recours au harmel Peganum harmala pour déstabiliser le djinn logé dans la tête ou au habbat al-mouloûk Croton tiglium, graine des rois qui est un puissant purgatif. 34Les râqis sélectionnent des méthodes qui associent des logiques subjectives aux cadres normatifs collectifs. Par exemple, le râqi oranais Réda bénit le sérum physiologique par récitation du Coran, estimant que cette pratique a une vertu purificatrice sur le sang contaminé par le sort ingéré et fortifiante car la solution est habituellement destinée aux personnes malades et affaiblies. Connus sous diverses formes, les émétiques eau coranisée pure ou mélangée à de l’huile d’olive, lait sont considérés par le râqi comme un moyen efficace pour purifier l’intérieur du corps en éliminant le sort ingéré. À ses yeux, ce sort installé dans les intestins nécessite de puissants purgatifs comme le séné, l’eau salée ou l’eau de mer. Dans les représentations collectives, un sort ancien requiert des soins intensifs qui s’inscrivent dans la durée. Le lait, supposé efficace pour l’examen des résultats du fait de sa blancheur, est utilisé comme un vomitif permettant de voir » les traces du sort ingéré, d’identifier l’histoire » de son action et de l’éliminer. Le râqi Réda identifie ainsi la présence d’un sort en fonction du changement de la couleur du lait et juge aussi si le sort est nouveau ou ancien. 35Le râqi, en concertation avec le malade, adapte la demande de soins en variant ses offres. À Oran, des râqis ne prescrivent plus aux malades du sel à diluer dans de l’eau coranisée, reconnaissant le danger du sel pour les personnes hypertendues. L’efficacité thérapeutique tient aux argumentaires du râqi savoir, conditions de soin, rhétorique qui participent à sa réputation et au retour d’expérience du malade sur le soin reçu. Selon Toufiq, la sorcellerie alimentaire est rouge, jaune et noire. Quand Nora vomit des flaques » de couleur rouge après avoir bu du séné, le râqi affirme qu’il ne s’agit pas de sang mais d’un sort probablement fait avec du sang ou avec une encre rouge/jaune avec laquelle les talebs confectionnent les écritures magiques. 12 Le care comme souci de l’autre dépasse la simple thérapeutique. Toute veille ou prise en charge, sa ... 36Selon le diagnostic du mal et son évolution, d’autres soins sont prescrits comme la hijâma dans le cas de douleurs localisées ou d’un sort supposé logé dans la tête ou au niveau de l’utérus empêchement de mariage, d’enfantement. Ces rituels et soins proposés chez le râqi sont complétés par d’autres, dont la charge est confiée au malade et sa famille. Comment ce corpus thérapeutique qui relève à la fois de la cure et du care12 à domicile se positionne-t-il par rapport à l’expérience du milieu de la roqya ? Ces soins à domicile constituent-ils un savoir parallèle au savoir des râqis ? Le savoir expérientiel et l’empowerment 37L’automédication suppose l’exercice d’une autonomie caractérisée par la rupture de la dépendance à l’égard de l’autorité médicale Fainzang, 2012. Le rituel de la roqya et ses soins annexes relèvent d’une autonomie partielle ou intégrale, avec ou sans contestation du recours à la biomédecine. Cette autonomie chez les souffrants qui se disent possédés ou ensorcelés, ou sont jugés ainsi par l’entourage, découle d’une conception de la maladie, un sens du mal Augé & Herzlich, 1984 évolutif, et d’une quête de soins Benoist, 1996. Engagés dans un pluralisme thérapeutique Benoist, 1996 ; Vidal, 1996, le souffrant et sa famille arguent l’inefficacité thérapeutique de la médecine allopathique ou attribuent le retard de guérison à l’incompétence médicale Fainzang, 2012. La décision de consulter un thérapeute est prise par le malade, sa famille et son entourage qui recommande des soins Konin et al., 2015. La logique du pouvoir et sa hiérarchisation dans le processus décisionnel Mebtoul, 2000 sont visibles et influencent l’itinéraire thérapeutique en apportant une lecture de la maladie en parallèle à l’expérience individuelle du souffrant. 13 Entretien du 3 mai 1999 avec une femme d’un village du delta égyptien, mère au foyer, 22 ans. 38Du diagnostic aux soins, l’élaboration des savoirs expérientiels des possédés et ensorcelés s’appuie sur des représentations revisitées et sur la singularité du vécu de la maladie. À travers des échanges de savoirs avec l’entourage, le souffrant construit son opinion sur la prise en charge de la maladie et confronte son expérience aux différents savoirs des thérapeutes, dont celui du râqi. Ainsi, une Égyptienne13 souffrant depuis un an et demi du syndrome du côlon irritable s’oblige d’abord à suivre un régime alimentaire en mangeant moins, par crainte d’aggraver son mal. Les médecins consultés ne lui ont prescrit que quelques calmants pour les nerfs ». Puis elle consulte son oncle, un râqi, qui lui révèle qu’elle est atteinte par un djinn vengeur et un sort ingéré. Elle valide alors son diagnostic et privilégie les soins qu’il lui prodigue. Certains souffrants disent ainsi découvrir leur possession et/ou leur ensorcellement au contact d’un râqi, tandis que d’autres soupçonnant déjà en être victimes vont en voir un pour confirmer leurs doutes, obtenir des précisions sur le diagnostic du mal et entamer des soins. 39Impliqué dans la prise de son traitement à domicile Sarradon-Eck, 2007, le malade est tenu d’appliquer les conseils du râqi consulté les programmes thérapeutiques émétiques, purgatifs, fortifiants, lavages de corps, purification du domicile, recherche d’objets maléfiques et les rituels de soins et de protection lecture et/ou écoute de versets coraniques, invocations afin d’affaiblir les djinns et de s’en protéger. D’autres rituels sont pratiqués comme la prière de consultation pour réunir des informations pertinentes sur le mal. 14 Entretien du 5 octobre 2002 avec Kenza, mariée avec enfants, Oran. 15 À Oran, aqda est un ensemble d’ingrédients utilisé pour fortifier un malade, prendre du poids ou s ... 40Si le râqi explique une guérison tardive par la négligence de ses recommandations, c’est le malade qui juge in fine si le traitement a entraîné une amélioration ou une dégradation de son état. Il avance une explication et décide de poursuivre, d’interrompre, de changer ou d’adapter le traitement. Ainsi Kenza, une Oranaise de 46 ans, adjointe médicale14, explique le contenu huileux des vomissements provoqués par l’eau salée prescrite par un râqi par l’ingestion d’un aliment huileux ensorcelé. Se considérant suffisamment experte » après quatre ans de roqya et de fréquentation de guérisseurs traditionnels, elle se rend compte qu’il est dangereux d’abuser des purgatifs comme l’eau salée, les feuilles de séné ou les feuilles de jujubier sedra, ziziphus lotus. Elle décide de boire de l’eau coranisée en quantité raisonnable » et d’abandonner les purgatifs et les aqdat mixture d’ingrédients15. Les médicaments prescrits pendant six mois pour traiter ses hémorragies utérines, attribuées par la suite à une sorcellerie, sont remplacés par des douches d’eau coranisée, estimées plus efficaces et sans effets secondaires. Kenza adhère au discours biomédical pour expliquer certains troubles. Les ecchymoses dont elle souffrait, souvent attribuées aux djinns, sont traitées par les médicaments. 41Le malade évalue lui-même, avec sa famille, les effets des soins conventionnels et des soins non conventionnels comme la roqya. Comment s’approprie-t-il son diagnostic pour s’engager dans une forme d’automédication en considérant son corps comme un terrain d’expérience thérapeutique ? 42Zina, 33 ans, divorcée sans enfants rencontrée à Aix-en-Provence 2004, est un exemple en matière de pluralisme thérapeutique et d’automédication dans la mesure où elle s’approprie les différents diagnostics pour donner du sens à sa souffrance et s’engager dans des soins chez des spécialistes et à domicile. Se considérant comme ensorcelée et possédée par un djinn athée détestant les Arabes, elle témoigne de la construction d’un savoir expérientiel sur la maladie et sa gestion tout en se positionnant à la fois dans la biomédecine et dans des systèmes non conventionnels de soins. 43Fragilisée à la suite de sa séparation conjugale, elle consulte un taleb par téléphone qui affirme qu’elle est atteinte d’un sort jeté par une femme jalouse voulant s’emparer de son mari. Un marabout africain rencontré à Marseille diagnostique un djinn et lui prescrit des plantes tisanes et douches. Lors des rituels de roqya pratiqués à Marseille, son djinn, parlant par sa bouche, la menace d’un accident de voiture, arguant qu’il a été brûlé » pendant la récitation du Coran par le râqi Saïd. Prenant au sérieux les menaces du djinn, la mère, inquiète, conseille à sa fille vivant seule d’arrêter la roqya et d’écouter le Coran à domicile. Zina s’habitue alors à écouter seule des versets coraniques à l’aide d’un baladeur afin de vérifier si elle est atteinte par un mal occulte. Un jour, ses cris incitent sa mère, terrifiée, à lui faire écouter la sourate II pour la calmer. Mais sa situation ne fait qu’empirer sanglots, tremblements, torsion de la bouche et des mains et la mère est obligée d’appeler en urgence Saïd, qui parvient à la calmer par un rituel de roqya. 44Dans un livre publié par un râqi parisien, et qu’elle a lu, la hijâma est recommandée pour traiter la sorcellerie. Constatant son agressivité envers son entourage, son dégoût du travail, son incapacité à mener à bien ses projets, et persuadée que son djinn la domine, Zina demande à sa mère de lui appliquer une hijâma. Celle-ci lui est aussi prescrite par l’assistant du râqi parisien pour apaiser son mal aux jambes douleur, sensation de chaleur et de brûlures. Le podologue consulté lui a prescrit des semelles pour ses pieds plats, mais elle se dit surtout soulagée par la hijâma. Zina juge l’assistant du râqi parisien plus efficace que Saïd car il réussit à convertir » son djinn à l’islam, une étape significative pour elle. Parallèlement à la roqya, elle suit pendant plusieurs mois un traitement tranquillisant chez un psychologue » qui a diagnostiqué une dépression. En revanche, elle ne constate aucune amélioration de son sommeil veillant devant la télévision jusqu’à deux heures du matin, elle juge nul l’effet du médicament ; le médecin qui l’écoutait n’était pas informé par la suite de cette persistance d’insomnie malgré la prise du somnifère. 45Une autre crise, survenue après qu’un prétendant au mariage l’a quitté, la conduit aux urgences psychiatriques, solution trouvée par la mère pour contrer la menace du djinn “destructeur”. Mais celle-ci refuse que sa fille soit hospitalisée pour une longue durée et appelle un jeune râqi d’Aix-en-Provence pour un rituel de roqya. Durant la semaine passée à l’hôpital, Zina dit avoir dormi de quatre heures à dix-sept heures après avoir pris les somnifères prescrits. Mais sur les conseils du jeune râqi, qui lui rend visite à l’hôpital pour lui réciter le Coran, elle abandonne son traitement, convaincue que son mal peut être traité par la roqya. L’eau et la tisane prescrites par un autre râqi marseillais sont jugées peu efficaces, mais elle dit aller mieux. 46Cette expérience permet à Zina de revoir et de valider son diagnostic, de déterminer son choix thérapeutique et de résoudre un malentendu relatif à la biomédecine Cherak, 2015 ne pas supporter le Coran est un signe flagrant de possession, l’absence d’effet du médicament en est un autre. Le râqi parisien lui confirme que le djinn contrôle le cerveau et que les médicaments le bloquent temporairement. 16 Similaire à la méthode du plomb fondu, elle consiste à verser de l’eau coranisée sur une grande hac ... 47Familiarisés avec les milieux de la roqya, le malade et sa famille imitent la pratique du râqi en bricolant des rituels et en intériorisant les gestes et les normes qui s’y rapportent. Ils expérimentent la provocation des états de transe en écoutant le Coran ou en le récitant auprès du malade. Ainsi, en 1996, à Aix-en-Provence, un homme, salarié d’un grand magasin, récite des versets et asperge sa femme possédée, suivie par le râqi marseillais Saïd. D’autres malades, se considérant comme des bons conseillers, transmettent le savoir du râqi rencontrée en 1999, Warda, 58 ans, ancienne professeur de français, possédée et ensorcelée, conseille la méthode de la hache16 à une souffrante lors d’une séance de hijâma chez Toufiq. 17 Les adeptes des confréries religieuses comme les Aïssaouas en Algérie fascinent par leur capacité d ... 48Assistant depuis six mois à des rituels de roqya, Nora a acquis un savoir sur la pratique de la hijâma. Celle-ci expérimentée à domicile comme une forme d’automédication semble confirmer qu’elle est atteinte par l’invisible. Ainsi, les incisions qui n’ont pas provoqué l’écoulement de sang au bas-ventre17 témoignent d’une résistance au soin attribuée au djinn habitant son utérus [...] seulement des douleurs qui me viennent à l’utérus. Et le jour où j’ai fait la hijâma, je me suis beaucoup blessée [...] j’ai fait la hijâma toute seule [...] c’est moi qui fais la hijâma. J’ai fait une incision et tout à tel point que j’entrais presque [la lame] dans tout mon ventre, mais le sang ne coula pas [...] j’étais étonnée comment le sang ne coulait pas. Et j’ai fait une petite incision ici, comme ça […] pour voir si j’ai du sang ou non [...] et le sang coula dans ma main, et dans l’utérus le sang ne coulait pas. Entretien du 12 août 1999 avec Nora, Oran 49Opérant comme une voyante en s’inspirant de sa tante maternelle, Nora s’appuie sur sa possession pour découvrir les sorcelleries familiales induites » par les proches. Elle dit avoir besoin de son djinn pour lui indiquer les objets et les lieux ensorcelés à domicile [...] Et quand on nous fait la sorcellerie, je la fais sortir pour mon père [...] je lui dis “Papa voilà la sorcellerie, va la sortir”, alors il va l’enlever. Donc maintenant, je ne veux pas enlever ma possession [mass] jusqu’à ce qu’on nous arrête la sorcellerie. Entretien du 12 août 1999 avec Nora, Oran 18 Nora banalise ses visions occasionnelles d’ombres ou sa sensation que quelqu’un marche en silence d ... 50Affirmant ne pas avoir de visions de djinns à domicile18, signe d’une première victoire sur son mal notamment après avoir chassé la djinnia maîtresse de la maison par des rituels de roqya, Nora pense pouvoir soigner son père ensorcelé en pratiquant la hijâma à domicile. Les boutons que son père avait dans le dos auraient ainsi disparu après cette pratique Il sent quelque chose battre ici [...] à l’estomac, au nombril comme ça. [....] lui il a soi-disant une sorcellerie mangée et ça y est. Mon père mangea oui. Non, il ne revient pas souffrant [de chez la femme de mon oncle], mais il reste environ quelques jours et il souffre au ventre et des fois quand il boit du café chez elle, il nous dit “j’ai une brûlure”, de la brûlure ici dans sa poitrine. Entretien du 12 août 1999 avec Nora, Oran 51Comment la pratique de la roqya transforme-t-elle la maladie en empowerment ? Développée à travers un savoir expérientiel et vécue comme un empowerment, l’autonomie qui caractérise la maîtrise de la santé s’exprime par un engagement dans le rituel et les soins annexes de la roqya, mais aussi par d’autres soins inspirés d’un savoir transmis oralement. Certains souffrants ne se contentent pas de la roqya et ont recours aux plantes utilisées en tisane, en fumigation et pour laver le corps. 52L’exercice du care – comme souci de soi et de l’autre Mozère, 2004 – chez les possédées, lorsqu’elles sont engagées comme assistantes auprès de leur entourage, s’inscrit dans une reconnaissance sociale de leur statut de malade actif. L’empowerment, qui résulte de leur statut de possédées Marshman, 1999 communiquant directement avec des entités invisibles, révèle la place ambiguë du pouvoir de la voyante, autrefois thérapeute, qui agit par l’intermédiaire de ses djinns. Émerge ainsi un sujet actif qui dépasse sa condition individuelle et genrée en se référant à un nouvel espace normé, celui de la roqya. Plusieurs possédées rencontrées dans les milieux de la roqya à Oran, comme Nora, disent tirer bénéfice de leur possession en s’engageant dans des dynamiques thérapeutiques au sein du réseau familial ou familier. Le statut de ces possédées, autrefois stigmatisées, reste confus aux yeux des râqis qui prônent le soin de la possession et voient dans les djinns auxiliaires des démons. Conclusion 53Dans un contexte de quête et d’offre de soins en Algérie, en Égypte et en France, le pluralisme thérapeutique dans lequel la roqya prétend s’inscrire en tant que forme d’automédication qui se réfère à l’islam, touche la production et le partage du sens du mal. La représentation de ce dernier se construit dans la durée, du diagnostic à l’engagement dans un parcours thérapeutique. L’élaboration d’un savoir expérientiel chez le souffrant, à partir de rêves, d’intuitions, de sensations, d’observations de changements corporels, se développe dans une interaction avec différents milieux de soins, que ce soit la médecine conventionnelle ou la roqya. Il est fortement orienté par les croyances mobilisées Suhami et al., 2016, l’expérience singulière de la maladie ou du malheur et les attentes en termes de résultat. 54Suivant un itinéraire thérapeutique non systématique, en continuité ou en rupture avec la biomédecine, le malade qui fréquente le râqi interroge le sens donné aux symptômes ressentis durant le rituel et à domicile, et se positionne par rapport aux normes de la roqya. Le diagnostic du mal acquiert une signification dans un processus de quête de changement ou de guérison. Ne se considérant pas comme un malade défiant le savoir et le pouvoir médical mais en quête d’un autre mode de soin informel dans une dimension globale de self-care Saillant & Gagnon, 1996, le souffrant construit son avis sur la maladie et sa prise en charge, et confronte son expérience avec les normes identifiées dans la roqya, tant sous sa forme pratiquée que théorisée et diffusée dans la littérature sur la roqya. Confronté aux multiples conseils de son entourage sur les soins légitimité, choix, méthodes, diagnostic, guérison, prévention et aux prescriptions du râqi, il est amené à choisir, voire à négocier, les méthodes et le contenu des soins, notamment lorsqu’il se juge suffisamment expérimenté et s’approprie son diagnostic. La rationalisation du diagnostic et des méthodes de soins dans le contexte de la roqya s’appuie pour le malade sur l’expérience de la maladie et l’épreuve du mal, et pour le râqi sur une légitimité d’ordre religieux bien qu’il recherche aussi l’efficacité dès le diagnostic. Prioritaire et placée au cœur de l’évaluation du souffrant, l’efficacité thérapeutique renvoie à la sélection de représentations individuelles et collectives sur les maux et leur développement, mais aussi sur les effets attendus du traitement, orientant ainsi les décisions en matière de choix thérapeutiques. 55Le corpus thérapeutique, qui témoigne d’une hybridation des représentations et des pratiques du souffrant évaluées et gérées au quotidien, constitue un savoir expérientiel transmissible, à des différents degrés, aux autres malades rencontrés dans les milieux de la roqya ou fréquentés dans les réseaux de proximité. Le recours à la roqya comme soin non conventionnel constitue un facteur d’empowerment Joël & Rubio, 2015 et/ou un traitement de désir Durand, 2015 pour des possédés et des ensorcelés engagés dans la quête d’une autonomie de décision et d’action à travers leur prise en charge thérapeutique chez des râqis et à domicile. Ils s’inscrivent dans un pluralisme thérapeutique et dans une forme d’automédication quand ils agissent sur leur corps aux limites de l’humain et du non humain.
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